Par Hélène Bughin

La maison d’édition Poètes de brousse est connue pour ses titres audacieux et ses poètes magistraux qui, à chaque titre, réussissent leur tour de force. Thomas Windish, coordonnateur de la Chaire de recherche en Droit, religion et laïcité et étudiant à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke, s’invite dans le catalogue avec un recueil de poésie aussi onirique que doux. Mécanique élémentaire, lancé le 16 septembre dernier à la Librairie Appalaches, réunit intimité, expérience du lieu et un « tu » qui échappe toujours un peu à la voix poétique. Plongée dans l’univers de celui qui tentera bientôt le Barreau, mais qui se laisse happer par la beauté des amours absentes.

Pour Windisch, sa démarche poétique réside dans un état d’être au monde qui en appelle à la spontanéité. Celui-ci rappelle une phrase de Bataille pour résumer ses propos, concernant le non-savoir, le non-projet : pour l’auteur originaire de Joliette, l’écriture prend place dans un laisser-aller serein. Lui qui traine toujours un calepin de notes avec lui préfère saisir les inspirations alors qu’elles viennent, mais surtout, reviennent. « C’est sur la répétition de ces idées que je base mon recueil », souligne-t-il. Puiser ses élans poétiques dans les événements du quotidien est pour le poète une manière de rester dans la spontanéité.

Exploration des lieux intimes

Dans Mécanique élémentaire, il y a les « rivages du tapis/parmi les vagues résiduelles de [la] poussière », là où s’échouent les attentes et les souvenirs. Entre les poèmes, on trouve des espaces marqués par des présences constitutives, mais surtout des absences. Pour la voix poétique, le lieu d’amour est vu comme « hécatombe » : au fil des poèmes est ébauchée une silhouette toujours fuyante, un « tu » insaisissable et qui a pourtant laissé sa marque presque indélébile. Comme une hantise, l’altérité prend ici forme au croisement de la matérialité et du souvenir. Du détail concret de l’environnement est évoqué cet Autre fuyant, du « luminaire encore ajusté à tes hanches » au « rire botanique » entendu comme un étouffement. Dans le recueil de Windisch, l’espace s’organise autour du souvenir — même le corps de la voix poétique est affecté, alors que le « [tu] dégoulines dans [ses] oreilles » et que « [ses] gestes [sont] imprégnés de ta mâchoire ». Proche des rêves ou de l’apparition, cet appel à cette personne inconnue constitue le fil rouge du recueil. Dans sa totalité, le recueil de poèmes est un appel à cette figure disparue, un hymne pour relations révolues.

Des inspirations aussi classiques qu’essentielles

Celui qui baigne plutôt dans le langage pragmatique et le jargon légal cite certains titres de poésie comme une porte de sortie créative. Il se remémore avoir lu Baudelaire, Rimbaud et Verlaine au CÉGEP, des classiques selon lui, puis dit avoir suivi une suite chronologique. Il a lu notamment Apollinaire et Mallarmé avant de se plonger dans la littérature québécoise du vingtième siècle. C’est là qu’il découvre la beauté des mots de Marie Uguay, Louise Dupré ou Kim Doré. C’est plus tard, aux Poètes de Brousse, qu’il découvre Philippe Moore et beaucoup d’autres voix plus jeunes, comme Laurence Veilleux. C’est baignant dans ces inspirations qu’il tisse sa propre poésie, teintée du quotidien et d’expériences personnelles.

Faire naître un projet poétique : mode d’instructions

« C’est sûr qu’il y a eu des délais à cause de la pandémie, mais je suis fier du gros travail que j’ai pu faire, avec mes éditrices ». Se remémorant son processus éditorial, le poète remercie d’emblée le travail minutieux de la maison d’édition. Pour lui, c’est vraiment le travail d’accompagnement d’une grande qualité qui a pu faire aboutir le manuscrit à un résultat dont il peut être fier. Il a pu, de cette manière, peaufiner chaque image à sa convenance. Il invoque tout de même que pour lui, la poésie n’est pas une activité nécessairement conditionnée par la publication. Si c’est un accomplissement enrichissant, il n’en est pas moins que pour Windisch, le produit papier n’est pas la finalité. Si l’auteur se dit bien sûr ouvert aux commentaires et qu’il espère faire résonner ses mots, il conserve surtout de la démarche une activité enrichissante.

Écrire en région, un défi?

Puisqu’il trouve son inspiration à vélo, dans la nature, écrire en région n’est pas un problème pour Thomas Windisch. S’il ne se voit pas comme un artiste à temps plein, dû à son statut de juriste, il croit que la poésie est un genre avec lequel on vit tous les jours. S’il ne fait pas partie de beaucoup de cercles, la sociabilité pouvant être le défi numéro un en région, il trouve quand même important d’échanger avec sa communauté. Puis l’Estrie se trouve à plein d’endroits dans le recueil, mentionne-t-il sans cacher son excitation.

Pour ce qui est de l’avenir du jeune poète, celui-ci est encore nébuleux : entre un doctorat en recherche et mille projets, le Sherbrookois d’adoption dit préférer se laisser porter par ce que l’avenir lui réserve et qu’en ce moment, il choisit l’instant présent.

Vous pouvez retrouver son recueil dès maintenant, dans toute bonne librairie!


Crédit photo @ Thomas Windisch

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