Par Aude Poirier 

Les deux premières années du deuxième mandat de Justin Trudeau ont été on ne peut plus chargées. À la tête d’un gouvernement minoritaire, le Parti Libéral du Canada (PLC) pourrait être tenté de déclencher de nouvelles élections prochainement afin d’accroître son pouvoir. Au moment où plane l’incertitude d’une période électorale à l’automne, où en sont les principaux partis canadiens et comment leur popularité a-t-elle évolué depuis plus d’un an? 

Justin Trudeau et le Parti Libéral du Canada 

Selon le plus récent sondage de la maison Abacus Data, datant de mars 2021, 37 % des Canadiens ont une image positive du chef libéral qui dirige le pays depuis près de six années. Le sondage, publié sur Québec125, révèle qu’à l’opposé, 40 % de la population entretiennent une perception négative (23 % se disent neutre). En date d’avril dernier, le PLC obtient la faveur de 52 % des Canadiens qui approuvent les mesures gouvernementales en réponse à la pandémie de COVID-19. Toutefois, ce taux de satisfaction est en baisse depuis l’automne dernier, alors de 70 %.

Ce pourcentage en baisse pourrait être expliqué, entre autres, par la fermeture tardive des frontières et à sa fameuse prestation de 1000 $ attribuée aux voyageurs, lui ayant attiré les foudres de plusieurs en janvier dernier. Plus particulièrement au Québec, les chiffres publiés par Qc125 indiquent que le parti de Justin Trudeau fait face à un pourcentage de désapprobation de 41 % de la part des Québécois, contre 54 % se disant satisfaits. Somme toute, le Parti Libéral demeure en tête des sondages au Canada, avec une avance de six points sur son rival conservateur. En effet, les libéraux mènent présentement avec 37 % des appuis. 

Le PLC jouit également de l’impopularité marquée du premier ministre conservateur Doug Ford en Ontario. Comme le rappel Édouard Beaudouin dans un article d’avril dernier dans L’Actualité, ce dernier, fortement critiqué par la population ontarienne, est désapprouvé par pas moins de 65 % de celle-ci. Ainsi, fort est à parier qu’ils profiteront donc de l’automne prochain pour déclencher des élections pouvant leur donner la majorité. 

Erin O’Toole et le Parti Conservateur du Canada 

Depuis l’arrivée du PLC au pouvoir, rien ne va plus pour le Parti Conservateur du Canada, dirigé par Erin O’Toole. Toujours en vertu du dernier sondage Abacus Data, c’est 20 % des Canadiens qui ont une bonne impression du nouveau chef, contre 32 % qui soutiennent avoir au contraire une image négative de ce dernier. Au sein de son parti, c’est 62 % des électeurs conservateurs qui disent entretenir une image positive de ce dernier. 

Selon Édouard Beaudouin dans son article publié en avril dernier dans L’Actualité, on peut attribuer cette impopularité à son incapacité à se faire connaître sur le terrain en raison de la pandémie, la polarisation grandissante du parti et ses propositions relativement progressistes qui dérangent l’aile traditionnelle du parti. Ainsi, pour convaincre l’électorat lors de prochaines élections, Erin O’Toole devra d’abord convaincre les membres de son parti qu’il est le bon représentant pour le PCC, rallier ses troupes et de les unir dans le but commun de voir un gouvernement conservateur prendre le pouvoir… ce qui est loin d’être gagné.  

Jagmeet Singh – le Nouveau Parti Démocratique du Canada 

Les projections d’avril 2021 de Qc125 prévoient un appui électoral des Canadiens de 17 % en faveur du Nouveau Parti Démocratique du Canada, dirigé par Jagmeet Singh, dont 34 % de la population sondée entretient une image positive, contre 25 % d’impressions négatives. Au sein de son propre parti, le chef néo-démocrate jouit d’un appui de 81 %.

Le NPD s’est toutefois mis à dos de nombreux électeurs au Québec à la suite de son opposition à la Loi sur la laïcité de l’État, qui a été perçue comme une ingérence à la volonté des Québécois. Aussi, les mesures progressistes et interventionnistes du gouvernement libéral séduisent une partie de l’électorat ciblé par le NPD, ce qui limite leurs possibles gains politiques.

En effet, ces mesures rejoignent les valeurs des électeurs modérés qui appuient traditionnellement le NPD, mais qui considèrent que ce dernier tient un discours plus catégorique qui manque de nuances. Certains d’entre eux se retrouvent plus dans le discours et les idées de Trudeau, qui soulève depuis le début de son mandat plusieurs enjeux chers au parti néo-démocrate comme le soulève Stéphanie Chouinard dans un article publié en avril dernier par L’Actualité. Il est urgent pour le NPD de reconquérir sa base perdue et d’arriver à se réconcilier avec le Québec, province sans laquelle le parti a peu de chances de conserver sa place en baisse sur l’échiquier politique canadien.  

Yves-François Blanchet et le Bloc Québécois 

En avril 2021, Qc125 rapporte un taux d’appui des électeurs canadiens de 7 % en faveur du Bloc Québécois. Yves-François Blanchet est le chef le plus populaire au sein de son parti, avec 82 % d’impressions positives contre 18 % d’impressions neutres, mais aucunes négatives. Évidemment, ces chiffres détonnent avec l’avis national, où 38 % des Canadiens sondés considèrent le chef bloquiste d’un mauvais œil.

Sans surprise, le Bloc Québécois n’entretient pas de réelles chances d’accéder au pouvoir. Toutefois, il conserve un fort appui de la part des Québécois, lequel s’est d’ailleurs accru au cours de la pandémie. Sa défense des intérêts du Québec et la montée du sentiment nationaliste envers le premier ministre Legault ont certainement joué en sa faveur. En effet, les Québécois ont majoritairement soutenu et appuyé le premier ministre de la province tout au long de la pandémie, ce qui a renforcé leur sentiment d’appartenance au Québec, bénéficiant indirectement au Bloc Québécois. 

Des élections à l’horizon? 

En somme, plusieurs tendances se dessinent dans l’arène politique canadienne depuis plus d’un an. Malgré les difficultés rencontrées, le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau est parvenu, jusqu’à maintenant, à se maintenir au pouvoir. Toutefois, si la tendance se maintient, tout porte à croire qu’une élection pourrait voir le jour à l’automne. Selon toute vraisemblance, le Parti libéral du Canada sera tenté de braver l’électorat pour former un gouvernement majoritaire. Il ne reste qu’à voir si les électeurs lui donneront raison. 

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