Par Sarah Gendreau Simoneau

Simone Biles, Stephanie Labbé, Jonathan Drouin, Naomi Osaka, et tout récemment, Carey Price. Ces sportifs de haut niveau qui avouent publiquement souffrir de problèmes de santé mentale prouvent que tout le monde peut frapper un mur. Demander de l’aide avant que ce soit trop lourd, voilà le message qu’ils souhaitent véhiculer.

Les athlètes ne sont pas des personnes différentes du reste du monde. Ils ont des peurs, des maux, des difficultés dans la vie comme tout un chacun. Véronique Boudreault, professeure et spécialiste de la psychologie du sport à la faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke, confirme le tout et explique plus en détail les difficultés reliées au monde du sport.

« Ils ne sont pas invincibles »

Plusieurs pensent que les athlètes de haut niveau sont immunisés aux troubles de santé mentale parce que ce sont des gens performants, qui se présentent bien, qui ne montrent aucune vulnérabilité. Tout compte fait, avec les noms cités plus haut, même les meilleurs athlètes du monde ne sont que des êtres humains et peuvent souffrir eux aussi.

« Par troubles de santé mentale, on parle beaucoup d’anxiété, de dépression, il y a aussi les troubles alimentaires et les troubles liés à l’abus de substances, » explique Véronique Boudreault. Depuis cinq ans, les études sont de plus en plus nombreuses sur le sujet et elles portent surtout sur les athlètes de haut niveau ou les étudiants-athlètes. Ces études, selon madame Boudreault, sont surtout présentes aux États-Unis et en Europe. Il en existe très peu ici au Canada. Ce qui prouve que le sujet doit être abordé.

Facteurs additionnels

Les prévalences varient beaucoup d’une étude à l’autre, mais ce sont à peu près les mêmes que dans la population générale. Par contre, pour ce qui est des facteurs de risque, ce n’est pas pareil dans le monde sportif. « Il y a des facteurs comme le fait d’avoir vécu des blessures, de la maltraitance, par exemple, mais il y a aussi des facteurs qui sont liés au sport qu’on appelle les facteurs sportifs environnementaux, propre aux sports. » Par ces facteurs, Véronique parle de la pression de performer, de la culture de certains sports aussi qui fait que les athlètes s’entraînent même s’ils sont blessés et ne se montrent pas vulnérables.

Il faut par contre éviter de généraliser, avertit Véronique. « Le sport, à la base, c’est un contexte qui favorise le développement positif. Autant l’entourage que l’entraîneur peuvent être un modèle, un soutien moral. Cependant, dans certains milieux, certains sports, ça peut s’avérer être négatif et un facteur de risque élevé pour le développement de l’anxiété de performance et de troubles graves de santé mentale. Il faut faire la part des choses, mais c’est sûr que c’est un facteur qui est prouvé dans les études. »

Toujours deux côtés à une médaille

Des athlètes, que plusieurs considèrent comme des modèles du monde sportif, ont fait leur sortie publique dans la dernière année concernant leurs problèmes de santé mentale et le besoin de prendre une pause pour se retrouver et guérir.

« Ce sont de bons modèles, mais c’est également une pression que de faire une sortie médiatique de ce genre. Ça dévoile un côté plus difficile du sport. Ça dévoile les abus aussi qu’il peut y avoir. Ça met en lumière que oui le sport c’est bon et qu’il faut continuer d’investir dans le sport pour le développement positif, mais il faut aussi s’assurer que l’encadrement qui est fait est positif et que la performance, ce n’est pas le but ultime. » En gros, si on insiste toujours sur la victoire à tout prix, c’est là qu’il peut y avoir un revers à la médaille.

Athlètes vs pandémie

Sophie Labossière, étudiante au doctorat en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke, mène une étude présentement sur la santé mentale des étudiants-athlètes universitaires de partout au Québec pendant la pandémie. C’est une étude en trois temps qui se déroulent durant les 2e, 3e et 4e vagues de la crise. « L’objectif, cite-t-elle, consiste à voir l’évolution de leur santé mentale pendant la pandémie et les processus et mécanismes qui expliquent l’apparition de difficultés de santé mentale ou la diminution de celles-ci. »

L’équipe a déjà les résultats des deux premières collectes de données et il y a effectivement une diminution des symptômes de dépression et d’anxiété entre l’automne 2020 et le printemps 2021. « On a hâte de voir ce qui va se passer avec la prochaine étape, mais nos hypothèses penchent vers une stabilité ou une légère amélioration, car il y a de moins en moins de restrictions. » Sophie évoque toutefois de nouveaux enjeux pour les athlètes comme le fait qu’ils n’ont pas pu s’entraîner comme ils le voulaient depuis plus d’un an et le fait qu’ils ont été privés de leur principal réseau de soutien social.

La pertinence avant tout

Sophie Labossière et Véronique Gauthier, étudiantes au doctorat en psychologie à Trois-Rivières, ont eu la brillante idée de partir, avec l’aide d’une bourse des Fonds de recherche du Québec, un balado pour transmettre les informations découlant de leurs études aux athlètes, universitaires ou pas. « On voulait transmettre des ressources et des exercices qu’ils pouvaient mettre en place eux-mêmes. »

Le balado intitulé Match contre la COVID : santé mentale sur la ligne est présenté sous forme de quatre capsules, animées par le journaliste Marc Durand, dans lesquelles sont abordés différents thèmes touchant la santé mentale des athlètes. Y sont abordés les sujets des sports olympiques durant la pandémie, le parcours d’Olympiens et ce qu’ils auraient aimé savoir sur la santé mentale étant plus jeunes. Se retrouvent dans les capsules également d’autres sujets comme le bien-être psychologique dans le sport récréatif ainsi qu’avec les entraîneurs. Pour terminer, deux psychologues du sport reconnus au Québec discutent des enjeux vécus par les athlètes et les sportifs pendant la pandémie.

À écouter ou regarder! Ces capsules sont toutes accessibles sur les grandes plateformes vidéo et de baladodiffusion. C’est non seulement intéressant, mais super pertinent pour comprendre les enjeux reliés à la santé mentale des athlètes.


Source photo @ Pixabay

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