Par Josiane Demers

Favoriser l’accès aux soins de santé pour les communautés éloignées du Mali avec l’assistance de la technologie et dans le respect de l’environnement, voilà ce qui résume la mission du projet Santé digitale (SanDi), chapeautée par le Centre interdisciplinaire de développement international en santé (CIDIS) de l’Université de Sherbrooke (UdeS). C’est grâce à un financement de presque un million de dollars du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), que cette initiative a pu voir le jour.

Le professeur Gabriel Blouin-Genest de l’École de politique appliquée et co-directeur scientifique du CIDIS est responsable du volet recherche ici, avec les partenaires canadiens. C’est au docteur Ousmane Ly, professionnel de recherche et expert en santé numérique au CIDIS ainsi que médecin au Mali, que l’équipe a décidé de faire confiance pour le volet technologique sur le terrain.

SanDi en bref

Le projet s’appuie sur des initiatives préexistantes du CIDIS durant lesquelles l’objectif résidait dans le développement d’une médecine de proximité au Mali, comparable au principe des CLSC que nous avions au Québec, il n’y a encore pas si longtemps. Cependant, ce qui distingue SanDi de ces étapes antérieures sont les volets technologique et environnemental.

 « On vient déployer des outils de télésanté et de santé numérique qui permettront de faciliter l’accès aux soins de santé des populations souvent hors des centres urbains. Pour assurer que les cliniques communautaires puissent fonctionner, on vient combiner cela avec un volet plus environnemental avec l’ajout de panneaux solaires pour faire fonctionner les technologies et l’internet 3G. » — Gabriel Blouin-Genest Ph. D.

Le professeur Blouin-Genest soutient que ce projet va amener les zones rurales et communautaires à être intégrées dans le développement d’un système de santé qui est basé sur le numérique, ce qui viendra faciliter l’accès.

La technologie au service de la santé

Implanter la technologie dans des zones rurales du Mali n’est pas une mince affaire. Tout d’abord, il doit y avoir assez d’énergie afin d’assurer le fonctionnement des outils numériques. Au-delà de cette logistique, il faut considérer que les populations visées ne sont pas forcément familières avec l’utilisation de ce type d’appareils. « La technologie est vraiment un outil transversal dans ce que nous faisons. Le numérique est une réalité que nous vivons tous les jours. Certaines personnes ou certaines communautés ne se sont pas encore approprié le numérique et se retrouvent maintenant laissées pour compte », soutient le docteur Ly.

C’est à l’aide de lunettes intelligentes pour consulter des spécialistes à distance et de tablettes connectées pour récolter des données sociosanitaires que les acteurs impliqués pourront évaluer divers facteurs qui permettront de tirer des conclusions sur l’efficacité du projet.

L’humain au premier plan

Ousmane Ly souligne l’importance de placer l’humain au cœur des priorités. Il explique qu’en ce moment au Mali, le numérique est utilisé dans les hôpitaux des grands centres, mais c’est plutôt pour gérer l’aspect financier.

« On s’est rendu compte qu’une informatisation basée seulement sur les aspects financiers amène souvent un biais et n’est pas là pour rendre service aux malades, aux patients, ce qui est notre objectif principal. » —Dr Ousmane Ly

Ce qui semble être une problématique importante dans ce pays est le fait que les données de pathologies sont recueillies en mode « silo », c’est-à-dire qu’il y a une pile pour, par exemple, la malaria, une pour le VIH ou encore une pour les femmes enceintes. Cela implique donc qu’il n’y a pas nécessairement de dossier médical qui regroupe toutes les pathologies d’une personne.

« On veut maintenant mettre le patient au centre des préoccupations pour que toute l’information de la personne et toutes ses pathologies soient dans un même fichier. C’est l’informatisation qui va pouvoir permettre de rassembler ces données et d’avoir automatiquement le statut du patient », explique le docteur Ly en soulignant que c’est la première fois que cela se fait de façon intégrée dans les hôpitaux communautaires au Mali qui sont les centres de soins de première ligne.

Le multidisciplinaire à l’honneur

Pour réaliser un projet d’une telle envergure sur un si court laps de temps, soit un peu moins d’un an, la collaboration entre plusieurs acteurs est nécessaire. C’est le PNUD qui est le premier partenaire financier. Sur le terrain, le gouvernement malien ainsi que le ministère de la Santé sont impliqués en plus de plusieurs autres agences.

Du côté de l’Université de Sherbrooke, l’apport sur le plan de la recherche spécifique est significatif. Notamment, la Faculté de droit s’occupe des aspects juridiques, légaux et réglementaires et l’institut 3IT s’intéresse aux aspects techniques et à l’ingénierie derrière l’énergie. Plusieurs autres partenaires se joignent à cet effort multidisciplinaire. « C’est un projet court, mais dense », soutient Gabriel Blouin-Genest.

Collaboration horizontale

Trop souvent on entend parler de projets d’aide au développement international qui finissent par être abandonnés ou qui ne perdurent pas. C’est tout le contraire que souhaite l’équipe de SanDi pour cette initiative.

« Ce projet n’est pas un projet du haut vers le bas où on va imposer une façon de fonctionner, mais c’est un projet qui est développé avec les communautés pour qu’elles s’approprient les technologies. C’est une approche moins traditionnelle. Il y a un aspect du développement qui intègre des organismes terrain concrètement au niveau technologique, médical et culturel. » — Gabriel Blouin-Genest, PhD.

Malgré les défis de sécurité et de géographie sur le terrain, le projet bat son plein et les responsables voient grand et souhaitent éventuellement reproduire le modèle à l’échelle. « Ce projet-là, c’est l’équivalent d’un projet pilote. Des données probantes vont être produites et remonteront jusqu’au central pour nous donner des informations et dans une seconde phase, ça nous permettra de faire une mise à l’échelle en intégrant nos apprentissages », conclut le professeur Blouin-Genest.


Source photo @ CIDIS

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