Par Hélène Bughin

Dès le 11 septembre, à la Galerie d’art Antoine-Sirois, deux expositions intrigantes marquent la rentrée par leur intelligence et leur finesse. Darwin de David Moore et Les V’là de Jean Couteau proposent toutes deux des thèmes sur la frontière, la perception et l’expérience du moment. Si la première propose un parcours de perceptions, la deuxième transporte le public hors des murs de la galerie. Preuve encore que le mandat de la galerie, qui est de provoquer une rencontre entre la communauté artistique et le monde de l’art contemporain, est entièrement respecté. Regard sur l’art qui s’invite au campus et qui réfléchit à l’espace occupé.

Nos écorces face à nous-mêmes

Les œuvres de David Moore parsèment la pièce principale de la galerie. L’artiste d’origine irlandaise qui a exploré le Québec culturel des années soixante-dix est en plein montage. Il présente cet automne à la Galerie Antoine-Sirois son exposition Darwin. Composée de sculptures de troncs d’arbres travaillés, la réflexion proposée confronte la perception à l’angle de vue. Elle se joint à l’exposition phare, Élixir, un accrochage spécialement conçu pour l’espace Découverte.

Lui qui a connu le courant automatisme de près, après une scolarité aux Beaux-Arts, a pu enseigner à Concordia durant trente ans. Il est maintenant à la retraite et en profite pour pousser sa réflexion encore plus loin. Depuis le début, son parcours de vie l’a dirigé vers l’expérimentation : c’est pourquoi il travaille son choix de médium. Durant ses quelque soixante expositions solos et quelques collaborations, Moore a pu expérimenter avec la gravure, la peinture, puis a commencé à incorporer des éléments de collages. « J’ai commencé à coller des poches de thé sur mes tableaux. De cette façon, l’œuvre que je créais me ramenait à la matérialité de l’art ». Pour Moore, il existe une déconnexion entre l’art et son côté tangible, quotidien. L’artiste, dans sa démarche, se propose alors comme pont entre l’art et la vie.

Par ses collages, ses tableaux ou ses sculptures, il propose au public une situation. L’œuvre n’est donc plus simplement l’objet, mais le moment qui l’entoure. Il y a le souci d’inclure la personne qui transparaît dans l’aménagement. Entre beauté et réflexion sont ajoutés le son, l’espace, l’ambiance. Le parcours entourant l’œuvre la complète. Moore révèle un de ses troncs en le présentant d’un côté, puis de l’autre. À l’extérieur, l’écorce est lisse et présentable. L’intérieur, au contraire, présente des hachures en apparence grossière. Pour Moore, tout ici est une question d’angle. La perception dépendra toujours de la perspective.

Le campus de Jean Couteau

Ils sont quatre à composer l’identité fictive et éclatée de Jean Couteau. Hybride à tendance nihiliste entre Jean Coutu, pour son rapport à la culture québécoise, Jean Cocteau, pour le côté artistique et Jean Cousteau pour les ambiances sonores entourant les installations, le personnage est décrit comme un solitaire excentrique. Ses racines sont autant haïtiennes qu’américaines, canadiennes et du Moyen-Orient. Le collectif derrière le mystère développe justement une réflexion autour de la frontière et des échanges, avec sa nouvelle exposition Les V’là. D’abord dans l’espace invitation, on retrouve une première installation proposant une juxtaposition élaborée entre différents thèmes comme l’américanité, les cassettes, la radiopirate et l’influence de la technologie. Sa démarche étant ancrée dans le territoire, on y retrouve même un échantillon de l’aménagement du campus.

Toutefois, sa proposition ne s’arrête pas à l’intérieur : après moult démarches administratives, on peut retrouver des indices de la présence de Jean Couteau un peu partout, si on prête attention à l’environnement entourant la galerie. Même l’immatériel est occupé! Notons les 48 heures d’occupation des ondes de la radio CFAK 88.3, soit du jeudi 9 septembre à midi au samedi 11 septembre à la même heure, ainsi que le défilé musical en collaboration avec des membres de la Faculté de musique. Vous souhaitez participer à l’œuvre? C’est possible! Rendez-vous à la Bibliothèque des murmures, dans l’espace Group Mach (soit la bibliothèque de droit, pavillon A9). Au creux de l’œuvre faite de ferrailles, vous aurez l’occasion de chuchoter sans filtre dans un micro, et sans enregistrement. Le tout sera diffusé de l’autre côté complètement du campus.

Ce qui les a tous menés ensemble? « C’est l’amitié qui nous a réunis », dit un des membres. Jean Couteau est une toile hors d’eux, tout comme la manifestation concrète de quatre personnes qui se rencontrent pour créer et échanger avec brio.

La galerie : lieu de promesse

Porte-parole depuis les années soixante en matière d’art contemporain, la Galerie d’art Antoine-Sirois est toujours à la recherche de manières de rendre plus accessible à la communauté universitaire son lieu d’exposition. Son éventail dans la programmation, allant de l’artiste en région aux collectifs de la métropole, témoigne de cette notion d’échange et de réciprocité. Vous pouvez retrouver la galerie au pavillon Irénée-Pinard (B6). Les heures d’ouverture sont toujours du mardi au samedi, de midi à 16 h et à l’occasion de spectacles au Centre culturel. C’est une bonne manière de décrocher après un cours ou de changer ses idées avant un examen. Vous pouvez réserver vos places à l’adresse galerie@usherbrooke.ca.


Crédit photo @ Jean Couteau

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