Par Jacob Desrosiers

Le mois dernier s’est déroulé la toute première réunion en présentiel des membres du Quadrilateral Security Dialogue (QUAD) à Washington, D.C. Pour en discuter, Le Collectif s’est entretenu avec le professeur Serge Granger de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Il n’est cependant pas question, ici, d’un cas de « première rencontre en présentiel depuis la pandémie », mais bien d’une toute première rencontre en présentiel depuis la création de l’organisation en 2007. Pourquoi, exactement?

Qu’est-ce que le QUAD?

Tel qu’expliqué par monsieur Granger, le QUAD est une organisation quadrilatérale entre l’Australie, les États-Unis, le Japon et l’Inde qui a été lancée en 2007. Le principe fondamental de cette organisation est de permettre aux quatre États membres d’échanger ensemble sur une variété de sujets, notamment sur des questions de sécurité ou d’économie. Toutefois, les membres du QUAD sont liés par un élément particulièrement important : soit, une attitude similaire par rapport à l’émergence de la Chine.

Suite à sa fondation, le QUAD est demeuré dormant pendant 14 ans, et ce, pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci, on peut ressortir le fait que New Delhi tentait de se rapprocher de Beijing à cette époque.

Pourquoi maintenant?

Selon le professeur Granger, la résurrection du QUAD est le résultat de circonstances favorables. Un excellent exemple est le rapprochement indo-américain qui s’est effectué au cours des années 2010, au détriment de Beijing. Cependant, l’élément principal justifiant l’intérêt commun des quatre États membres à collaborer au sein du QUAD est sans doute la Chine, qui est présentement plus expansionniste et plus agressive à l’international que jamais. Ceci contribue à d’importantes frictions avec les États membres.

Plusieurs exemples peuvent appuyer cette thèse. On peut penser entre autres aux affrontements frontaliers sino-indiens de 2020. Un lien pourrait également être fait avec la question de Taïwan ou encore de la mer de Chine méridionale. Dans les deux cas, on observe une volonté claire de la part de Xi Jinping d’étendre son territoire à travers des revendications territoriales de plus en plus agressives.

Implications pour les États membres et pour la Chine

Le fait de réunir le QUAD a plusieurs avantages. Il permet aux États membres d’échanger au sein d’une même plateforme et de s’entraider face à plusieurs enjeux, notamment la COVID-19. Mais son avantage principal est d’envoyer un message clair à la Chine afin de la persuader de calmer ses ardeurs.

D’après monsieur Granger, la Chine perçoit la renaissance du QUAD comme une menace. C’est d’ailleurs ce qui peut justifier ses récentes actions à l’égard de Taïwan, par exemple.

Et le Canada, dans tout ça?

La renaissance du QUAD risque très bien d’avoir des impacts envers le Canada, celui-ci entretenant des relations autant avec les Américains que les Chinois. Plus précisément, on peut s’attendre à ce que l’émergence d’une certaine bipolarité sino-américaine force le Canada à prendre position plus fermement à l’international, comme il l’a fait lors de l’affaire Huawei. Sans quoi, le Canada apprendra à la dure qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre.


Crédit photo @ The Feas Journal

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