Par Gabriel Gélinas 

Le 15 août dernier, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s’est rendu à Rideau Hall pour demander la dissolution du Parlement à la gouverneure générale récemment nommée, Mary Simon. Il a ainsi confirmé les rumeurs d’élections qui circulaient depuis plusieurs mois. Les électeurs seront donc appelés à se présenter aux urnes le 20 septembre prochain, à la suite d’une courte campagne électorale de 36 jours. Voici un résumé des enjeux qui ont retenu l’attention dans les deux dernières semaines. 

Choix difficile en temps de pandémie 

Dans un premier temps, le choix de lancer des élections fédérales en contexte pandémique a été un sujet de vifs débats dans les premiers jours de campagne. En effet, l’annonce des élections canadiennes s’est faite simultanément à une hausse inquiétante des cas de COVID-19 annonçant l’arrivée d’une quatrième vague de propagation.  

Pour éviter d’avoir à assumer le fardeau des conséquences que les élections pourraient avoir sur l’état de la situation pandémique, Justin Trudeau et son équipe devaient se présenter avec une excuse légitime qui justifie cette prise de risques.  

Pour ce faire, le chef libéral n’a pas manqué de rappeler l’aspect historique et charnière des épreuves traversées depuis le début de son second mandat. Il a aussi insisté sur l’importance qu’auront les mesures de relance dans les prochaines années, voire les prochaines décennies. Il a donc conclu que le moment était venu pour les électeurs de se prononcer sur un plan de relance qui, il faut bien l’admettre, ne figurait sur aucun programme politique au moment où le gouvernement minoritaire libéral a été élu en octobre 2019. 

Sans se laisser emporter par le cynisme ambiant, il faut toutefois aussi considérer qu’un gouvernement minoritaire ne dure jamais les quatre ans prévus par la loi. En moyenne, la durée d’un gouvernement minoritaire au Canada est de 605 jours, soit un peu moins d’un an et 8 mois.  

Dans ce contexte, les partis de l’opposition n’ont pas manqué de souligner que le gouvernement est donc plutôt à la recherche d’une part majoritaire des sièges à la Chambre des communes. Ils précisent qu’il n’y a eu, jusqu’au déclenchement des élections, aucun blocage injustifié de la Chambre des communes. Ils ajoutent que les libéraux profitent d’un moment où les sondages leur sont favorables pour obtenir une majorité qu’ils n’obtiendraient possiblement pas s’ils attendaient une accalmie de la situation pandémique. 

La santé, toujours bonne première 

Si la tenue d’élections a fait l’objet de contestation dans les premiers jours de campagnes, les partis politiques ont toutefois rapidement ciblé d’autres enjeux pour attirer l’attention des électeurs. 

Parmi ces enjeux, la santé a évidemment été l’une des principales sources de préoccupation. À la fois axés sur leur bilan et sur leurs propositions pour l’avenir, les chefs des quatre principaux partis politiques au Québec tentent tant bien que mal de se différencier. 

La santé étant d’abord une compétence des gouvernements provinciaux, les politiciens fédéraux ne peuvent faire bien autre chose que promettre des hausses de l’aide financière transférée aux provinces. C’est d’ailleurs en ce sens que milite François Legault, premier ministre du Québec et ancien président du Conseil de la fédération.  

Pour satisfaire la demande des provinces canadiennes, Ottawa devrait payer au moins 35 % de la facture dans le domaine de la santé, soit 13 % de plus que dans l’état actuel des choses.  

Ainsi, plusieurs promesses sont faites en ce sens. Erin O’Toole, chef conservateur, promet une hausse annuelle et inconditionnelle de 6 % des transferts en santé aux provinces, alors qu’elle se chiffre à 3 % pour l’instant.  

Justin Trudeau, qui se réservait de chiffrer sa proposition jusqu’à tout récemment, promet pour sa part près de neuf milliards de dollars, qui devraient servir à réduire les listes d’attente et à embaucher 7500 médecins et infirmières ou infirmiers praticiens. Cette proposition fait par ailleurs suite à une autre offre conditionnelle de transfert en santé de six milliards, visant à établir des normes nationales quant aux soins de longue durée. 

En réponse à ces propositions de Justin Trudeau, Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, y voit une énième tentative du gouvernement fédéral de s’ingérer dans les juridictions exclusives des provinces.  

Pour sa part, le chef néo-démocrate croit que la priorité doit être mise sur les résultats, et non les compétences. À cet égard, son parti propose quant à lui d’étendre la couverture des soins de santé et d’instaurer un régime d’assurance médicaments universel. 

Un départ de campagne difficile 

Au moment où ces lignes sont écrites, trois des quatre principaux partis politiques présents au Québec ont dévoilé leur programme électoral. Le Nouveau Parti démocratique l’a dévoilé avant même le début officiel de la campagne, le Parti conservateur du Canada l’a partagé quelques jours après le lancement officiel des élections et le Bloc québécois l’a révélé une semaine exactement après le début de sa campagne. 

Le programme électoral du Parti libéral du Canada se fait quant à lui toujours. Dans les coulisses du Parti, la rumeur veut que l’équipe et son chef soient toujours à la recherche d’une vision ou d’une série de mesures qui inciteraient le vote progressiste et qui le fédérerait au Parti libéral pour former un gouvernement majoritaire. 

De l’avis de plusieurs observateurs, ce détail qui peut sembler anodin est pourtant bien révélateur de la nature de ces élections. Les thèmes sur lesquels l’équipe de Justin Trudeau pensait tabler pendant cette campagne se sont rapidement épuisés.  

De plus, malgré les faux pas du chef conservateur sur le droit de conscience des médecins et des infirmières et infirmiers quant à l’avortement et l’aide médicale à mourir, force est de constater que cet enjeu n’aura pas l’impact escompté cette fois-ci. 

Ainsi, l’avance libérale dans les sondages a radicalement diminué, menaçant du même coup leur majorité à la Chambre des communes, si la tendance se maintient.  

Les partis politiques plongés dans ces élections, un peu précoces, sondent donc l’électorat au même moment où ils tentent de le convaincre. Il faudra donc attendre encore pour voir se dessiner la question de l’urne. 

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