Par Camille Sévigny

Sorti en salle le 15 octobre dernier, le film Les oiseaux ivres, réalisé par Ivan Grbovic (Roméo Onze, 2011) a su faire sa place parmi les blockbusters américains dans les cinémas canadiens, se méritant d’ailleurs une nomination au Toronto International Film Festival (Tiff).

Ce qui distingue principalement cette œuvre de celles à l’affiche en parallèle est sans aucun doute son thème principal : le quotidien des travailleurs saisonniers sur les fermes maraichères du Québec. Dès l’ouverture, on suit Willy (Jorge Antonio Guerrero), un jeune homme mêlé à la scène criminelle mexicaine, devenu travailleur agricole à la fois pour fuir son passé et retrouver un amour perdu.

Des thèmes importants

En parallèle, on côtoie la famille Bécotte, propriétaire de la ferme où travaille Willy et la dizaine d’autres travailleurs saisonniers. Distants et mélancoliques, les membres de la famille ne réussissent pas à masquer le mal-être tangible qui perdure entre eux. Les parents, Julie (Hélène Florent) et Richard (Claude Legault) se plongent dans le travail à défaut de soigner les blessures apparentes au sein de leur couple. Leur fille, Léa (Marine Johnson), tente de fuir la tension omniprésente et d’amortir la colère qui en résulte en prenant des risques inutiles. En somme, la juxtaposition et la profondeur des sujets abordés (disparité, barrière de la langue, romance, conflits familiaux, quête de soi et de l’autre, etc.) peignent un tableau à l’image de la vie : belle et complexe.

De performances étoffées

Pour ajouter à une intrigue intéressante, les comédiens et comédiennes crèvent l’écran par leur aisance et leur capacité à offrir une interprétation nuancée, riche en émotions vraisemblables. Cela tire la personne qui visionne hors de son présent pour la transporter dans la peau des personnages à l’écran de façon brillante. Le personnage de Willy et son interprétation par Jorge Antonio Guerrero touche profondément, en tant que héros romantique. La toujours très pertinente Hélène Florent impressionne de nouveau par sa capacité à en dire long dans le silence, tandis que Marine Johnson dévoile un talent prometteur. En somme, tous forment un tout crédible, déchirant et attachant, donnant ainsi ton au film.

Un visuel joliment épuré

Finalement, il ne faudrait pas passer sous silence la mise en valeur de nos paysages québécois. De la campagne à la ville, en passant par le Mexique, la nature occupe une grande place dans le décor, à la fois par sa beauté naturelle que toute la vie qu’elle contient. Cette mise en valeur de l’ambiance environnante joue un grand rôle dans la vraisemblance du récit et notre attachement à celui-ci.

En somme, Les oiseaux ivres est une œuvre cinématographique nécessaire, une fenêtre sur un monde peu connu, souvent stéréotypé ou jugé de l’extérieur. Alors que le réalisme s’allie à la poésie, il nous est tout de même possible d’apprécier l’élément humain, crucial dans l’exercice de l’empathie au quotidien. L’importance de raconter des histoires uniques, réfléchies et pertinentes prend ainsi tout son sens.


Source photo @ production

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