Par Martine Dallaire

Si la maladie mentale paraît moins stigmatisée qu’il y a une vingtaine d’années, sa prise en charge soulève de sérieuses questions. Entre les malades abandonnés à leur sort, errant dans les rues et ceux internés dans des conditions que l’on croyait révolues depuis longtemps, on est en droit de s’interroger sur la désinstitutionnalisation en matière de santé mentale, celle qui entendait faire sortir les malades des asiles pour les soigner dans la communauté. Un rêve qui ne se déroule malheureusement pas comme prévu…

Histoire d’une grande illusion

L’ambition de sortir les malades des instituts psychiatriques pour les prendre en charge au sein de la communauté a débuté durant les années 1960, à la suite de critiques sur la prise en charge asilaire des patients psychiatrisés. Pour appuyer leur réforme, les décideurs se sont appuyés sur un projet pilote d’hébergement de malades mentaux dans des familles belges, qui avait connu des résultats satisfaisants quant à la réhabilitation des malades en société, durant la décennie précédente, même si, lors des deux guerres mondiales, des modalités d’accueil hors des institutions avaient été mises en place pour les militaires atteints du syndrome du choc post-traumatique sans obtenir de résultats probants (La fin de l’asile ? A. Klein [2018]).

Enjeu de sécurité publique

Deux tragédies survenues à Québec, dont l’attentat à la mosquée et, plus récemment, la tragique nuit d’Halloween, démontrent les potentiels dangers du manque de suivi des patients aux prises avec des problèmes psychiatriques. Il a été démontré au tribunal qu’avant qu’Alexandre Bissonette n’acquière ses armes, ses problèmes mentaux étaient connus de ses proches et de son médecin. Toutefois, les soignants n’ont pas l’obligation de dénoncer les problèmes psychiatriques à la police ou aux autorités responsables du contrôle des armes à feu. Pourtant, les médecins qui examinent les pilotes d’avion ont l’obligation d’aviser Transports Canada de tout problème de santé pouvant affecter la sécurité. Ne serait-il pas opportun que cette pratique soit appliquée d’office, lorsque quelqu’un représente un danger pour la société, surtout que la loi prévoit la renonciation au secret professionnel dans ces cas ? (Éducaloi)

La protection des malades

À l’inverse, on aurait tout intérêt à mieux éduquer les corps policiers aux enjeux liés à la santé mentale. L’affaire Castagnetta (2007) démontre que l’ignorance des autorités face aux maladies psychiatriques mène parfois à la maltraitance, voire au décès de patients psychiatrisés. Atteint de maladie mentale, Claudio Castagnetta était désorganisé et confus et il n’a pas bronché lorsque les policiers lui ont demandé de circuler alors qu’il se trouvait devant l’entrée d’un dépanneur. On lui a plutôt administré quatre décharges de taser. L’homme n’allait pas bien. Le fait qu’il léchait les murs de sa cellule et se frappait la tête sur les murs du fourgon cellulaire n’a inquiété personne. On lui a mis un casque de hockey sans lui fournir de soins et on l’a incarcéré. Il a été conduit à l’hôpital 48 heures après et y est mort d’un œdème cérébral. Aurait-il survécu si les intervenants avaient été mieux formés ?

En se positionnant d’un côté comme de l’autre, on constate que des lacunes subsistent. N’y aurait-il donc pas lieu de penser à une nouvelle réforme des soins psychiatriques ?

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