Par Gabriel Gélinas 

Dans la dernière année, la fermeture des frontières canadiennes avec plusieurs destinations touristiques populaires a entraîné la population locale à vouloir découvrir ou redécouvrir le Québec. Avec l’arrivée de l’été, la mise en marche du plan de déconfinement annoncé récemment par le gouvernement et le maintien de la fermeture des frontières à terme, il a fort à parier que plusieurs retenteront l’expérience cet été. Voici donc, sans prétention, un guide adressé à tous ceux et toutes celles qui visiteront la Belle Province cet été. 

Au Québec comme ailleurs, force est de constater que le tourisme fait partie des industries les plus gravement bouleversées par l’impact économique de la pandémie de COVID-19. Les nombreux intervenants du secteur touristique lancent un cri d’alarme univoque sur les difficultés économiques et la rigidité plus politique que scientifique de certaines mesures sanitaires actuelles et projetées dans les plans de déconfinement.  

Bon an mal an, l’industrie touristique emploie 700000 personnes au Canada et génère près de 35 milliards de dollars à l’économie canadienne. Elle se compose notamment de transporteurs aériens, de restaurateurs, d’hébergeurs, de productions culturelles, de détaillants et bien d’autres.  

Toutefois, selon un rapport de Destination Canada publié en mars dernier, l’industrie touristique québécoise, à elle seule, a essuyé une perte de revenu estimée de 2,6 milliards de dollars, ce qui représente 16,6 % des pertes totales du secteur touristique du Canada. Le nombre d’entreprises touristiques actives au Québec a d’ailleurs diminué de près de 10 % et les pertes d’emploi dans la province sont supérieures de plus de 6 % à la moyenne nationale du secteur. 

Un engouement pour le tourisme local 

Malgré ce constat plutôt alarmant, plusieurs demeurent optimistes et se réjouissent d’un effet positif à la suite de tous ces changements : un engouement nouveau pour le tourisme local ou intérieur. Comme l’indique Michel Archambault, anciennement titulaire de la chaire de tourisme Transat ESG de l’UQAM, dans un article de Nicolas Haddad publié en septembre dernier, cette nouvelle mouvance se dessine en faveur des régions de villégiature, laissant pour compte les grands centres urbains. 

Pour ces régions de villégiature, cet engouement soudain pour le plein air a été une surprise. Plusieurs d’entre elles n’ont pas été en mesure de prévoir le coup. Les attractions touristiques en nature ont pratiquement été épargnées de l’impact économique de la pandémie, affichant complet et étant surchargées une bonne partie de la période estivale. 

Toutefois, ce ralliement touristique dans une poignée de régions de villégiature a également eu son lot d’impacts négatifs. L’été dernier, la Gaspésie a été un cas de figure de ces débordements. Les images de plages souillées de déchets, d’excréments et de tentes brisées; de voitures immergées par la marée; de campeurs stationnés dans les milieux humides protégés ont illustré l’ampleur du problème. Les habitants locaux ont également signalé des feux d’artifice au petit matin et des feux faits à partir du bois mort environnant, pourtant fondamental à l’écosystème du littoral. 

Il n’en demeure pas moins que, malgré ces dommages collatéraux, les changements forcés par les mesures sanitaires pourront avoir un effet durable en faveur des espaces verts et de ce besoin de se ressourcer en nature, seul ou en famille. À cet égard, Michel Archambault est persuadé que ces nouvelles tendances vont, à terme, partiellement miner le tourisme de masse. Il considère que ceux et celles qui ont découvert un «tourisme plus authentique» ou un «tourisme de bien-être», comme il le nomme, envisageront de retenter l’expérience. 

Les bonnes manières du touriste responsable 

Dans le but que ce virage vert puisse croître et durer, voici donc quelques recommandations pratiques à garder en tête. Tout d’abord, la préparation est une étape primordiale pour faire des choix éclairés avec l’ensemble de l’information nécessaire.  

Il s’avère donc essentiel de préférer l’hébergement le plus écoresponsable parmi les options offertes. De plus, si la location touristique d’un logement via une plateforme comme Airbnb peut être attrayante, il faut faire un choix en tenant compte des effets pervers documentés de cette pratique sur la communauté locale, notamment la montée fulgurante des loyers et l’inoccupation injustifiée de certains logements dans les grands centres touristiques frappés par un manque de logements.  

Ainsi, il faut porter une attention toute particulière à l’impact environnemental, économique, social et humain de votre séjour touristique. Une bonne façon d’y parvenir est de se renseigner auprès d’agences de voyages et de voyagistes spécialisés ou, si l’option s’offre à vous, de communiquer directement avec des gens de la place. 

Il est aussi important de prévoir ses transports. À cet égard, il est toujours préférable d’utiliser le bus, le métro ou tout autre type de transport en commun qu’un moyen de transport individuel lorsque l’option s’offre à vous. 

Une autre excellente façon de s’assurer de laisser un bilan environnemental positif de votre séjour touristique, surtout si les options en ce sens sont limitées, est de compenser ses émissions de CO2. Par exemple, si l’avion se trouve à être l’unique moyen de transport pour vous rendre à destination, vous pouvez payer une petite somme à une organisation environnementale contre laquelle elle se chargera de planter l’équivalent de vos émissions en arbres. Action Carbone et Carbone boréal sont deux exemples d’organisations qui se chargent de cette importante mission environnementale. 

Puis, le tourisme responsable implique également de tenir compte de la population locale. Ainsi, s’informer à l’avance sur la destination démontre une sincère curiosité à son égard. De plus, il va de soi de respecter pour les lieux culturels, religieux et patrimoniaux de la place et d’éviter de porter atteinte aux richesses naturelles locales comme ce fût malheureusement le cas en Gaspésie l’été dernier. 

Pour approfondir cette réflexion sur le tourisme durable et responsable, je vous encourage fortement à lire les essais de Rodolphe Christin sur le sujet, Manuel de l’antitourisme et La vraie vie est ici, publiés respectivement en 2008 et 2020, dans la collection Polémos aux éditions Écosociété. 

 

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