Par Ariane Lacerte 

Le retour des astronautes sur terre est un long processus d’adaptation où ils doivent réapprendre à marcher. Ce phénomène intéresse depuis plusieurs années les chercheurs ainsi que les agences spatiales. C’est donc dans le cadre d’un projet se déroulant en partenariat avec l’Agence spatiale canadienne, le Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées et les Instituts de recherche en santé du Canada que la professeure et doyenne de la Faculté des sciences de l’activité physique, Isabelle Dionne, étudiera ce qui se passe dans le muscle lors de périodes d’inactivité physique. 

Accumulant déjà plusieurs années d’expérience dans le domaine du muscle et du vieillissement, Isabelle Dionne dirigera dans les prochaines semaines une étude qui cherchera à comprendre les conséquences de l’apesanteur sur les astronautes. Cette étude, réalisée dans sept autres universités au Canada, a pour but d’aider l’Agence spatiale canadienne à modifier sa stratégie afin d’aider les astronautes lorsqu’ils partent en mission.  

«On sait qu’en apesanteur, il y a une perte de fonction physique. On a l’image de David St-Jacques, quand il est revenu de sa mission, qui était incapable de se tenir sur ses jambes. En fait, ce que l’on veut savoir, c’est ce qui sest passé directement dans la cellule musculaire pour en arriver là », déclare la professeure Isabelle Dionne.  

Les participants commenceront bientôt 

À ce jour, les huit universités sont encore au stade de l’élaboration de l’étude. La Pre Dionne et ses étudiants accueilleront dans les prochains jours des collègues des autres universités participantes afin que tous coordonnent les avancées de l’étude. Selon elle, les premiers participants seront accueillis au mois d’avril.  

Afin de comprendre ce qui se passe dans les muscles des astronautes, les participants de l’étude seront placés dans des simulateurs d’apesanteurs 23heures par jour pour quelques semaines. Le principe du simulateur d’apesanteur est assez simple: les participants seront couchés sur un lit incliné de six degrés au niveau de la tête. Étant donné qu’il n’y a plus de gravité dans l’espace, les fluides corporels tels que le sang ne sont plus attirés vers les pieds, donc ils restent plutôt au niveau du tronc et de la tête. L’inclinaison du lit à six degrés vers la tête ramène les fluides au niveau du tronc et de la tête comme l’absence de gravité, explique Isabelle Dionne. 

Une étude pertinente pour le vieillissement sur terre aussi  

Optimiste à l’iée d’arriver à trouver une solution au problème rencontré par les astronautes, la Pre Dionne croit aussi être en mesure de trouver une solution qui sera applicable au phénomène de vieillissement sur terre.  

L’apesanteur crée en quelque sorte un vieillissement accéléré puisque les mécanismes à l’intérieur du muscle qui mène à la perte de fonctions sont les mêmes chez les astronautes que chez les personnes âgées. Étant donné que le muscle est moins sollicité en apesanteur, il perd de sa force et de son endurance. Grâce au simulateur d’apesanteur, il sera possible d’observer, en quelques semaines, un phénomène qui se déroule sur plusieurs dizaines d’années avec la gravité.  

Isabelle Dionne et ses étudiants observeront deux choses lors de cette étude. Ils observeront premièrement ce qui se passe directement dans le muscle lorsque le corps est en apesanteur et deuxièmement, s’il y a une possibilité de renverser ces changements grâce à un programme d’exercices qui sera conçu spécifiquement pour cela. Malgré le fait que MmeDionne est très convaincue de retirer des observations concluantes, elle ne s’attend pas à renverser les changements, plutôt les ralentir.  

Des hypothèses encourageantes 

Comme tout projet de recherche, Isabelle Dionne et son équipe ont quelques hypothèses en tête, dont une très encourageante. «La première hypothèse est que nous allons probablement voir des changements au niveau du système nerveux plutôt qu’au niveau de la construction du muscle à proprement dit», croit professeure Dionne.  

Grâce à la longue période durant laquelle les participants seront dans le simulateur d’apesanteur, les chercheurs pourront alors observer un muscle qui vit une fonte musculaire. «Souvent, on va associer cette fonte musculaire là à la perte de fonction musculaire. Pourtant, nous pensons que le problème n’est pas tant dans la réduction du volume du muscle, mais plutôt à la jonction neuromusculaire, soit la jonction entre le système nerveux et la cellule musculaire», déclare-t-elle.  

Étant donné que les chercheurs croient que le véritable problème de la perte de fonction physique est causé au niveau de la jonction neuromusculaire, ils développeront un programme d’exercices qui travaillera cette zone. Afin de pouvoir confirmer ou infirmer leur hypothèse, seulement la moitié des participants auront à réaliser le programme d’exercices. Si le programme d’exercices s’avère concluant et qu’un ralentissement des changements au niveau de la jonction neuromusculaire est observé, les participants devraient avoir une perte moins importante de fonctions physiques 

Tel que mentionné par la professeure Isabelle Dionne, le projet est encore au tout début de l’étude. Toutefois, si les découvertes s’avèrent intéressantes, le programme d’exercices sera testé sur des humains vivant sur terre afin d’observer s’il y a un ralentissement dans la perte de fonction physique généralement causé par le vieillissement.


Crédit photo @ Michel Caron 

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