Par Catherine Foisy

Il fume une clope, pinte de bière en main. Les yeux rivés vers le sol,  je me lance : « Simon, la prochaine thématique du journal, c’est l’humour. Je ne veux pas écrire quelque chose de drôle, je veux écrire sur le drôle. Mais je ne sais pas par où commencer. » « Parle de l’Abordage », me répond-il. Je me risque : « Bien, en fait, c’est de toi que j’ai envie de parler, t’es drôle Simon, t’es bien drôle Simon. » Finalement, on jase d’humour pendant trois heures.

Il vient de la Beauce. Quelqu’un de bien ordinaire. Plusieurs péripéties le mènent à Sherbrooke : il fait ses débuts dans l’impro au secondaire et prend plaisir à animer les différents spectacles de la polyvalente où il étudie. Plus tard, il rejoint les bancs du Cégep de la Beauce en arts visuels, on le nomme recrue de l’année pour ses multiples implications en impro et en théâtre. L’année suivante, son petit frère le rejoint. Il devient son plus grand acolyte en humour et on les surnomme Les frères Turcotte. Ils sont en demande pour plein d’animations de spectacles de tout genre parce que c’est eux, les animateurs à la mode. « Ça sonne big quand je dis ça, mais ce n’était pas si hot en fait. » Je réitère, c’est quelqu’un de bien ordinaire.

Ils ont gagné la finale locale de Cégep en spectacle avec un spectacle d’humour. L’humour qui prône au sein d’une compétition de ce genre, c’est rare, bien rare. Mais pas si rare quand notre dernier nom est Turcotte. Par la suite, il tire sa révérence et se ramasse à Québec, pour un an. À Québec, il coupe les ponts avec toute forme d’humour sur scène, de théâtre. Il ne fait que travailler. Pis à part travailler, il part passer des weekends à l’extérieur, et assiste à plusieurs matchs d’impro, avant de tomber en amour avec l’Abordage, puis d’emménager à Sherbrooke l’été suivant, pas d’amis, pas de famille pour l’accueillir.

L’homme qui rit 2.0

Si le personnage de Victor Hugo a eu besoin d’un visage mutilé pour faire rire les gens, chez lui, le rire est contagieux sans l’ombre d’une blessure. En le côtoyant, le rire n’est jamais laissé dans l’oubli. « Je me passionne à me bourrer le crâne de blagues et de situations comiques, à chercher des trucs drôles, à rêver à des trucs comiques pour essayer de ramener des idées que j’ai imaginées, des idées que j’ai vues ailleurs. »

L’homme à la chevelure impressionnante souligne qu’il est toujours possible de rire, peu importe la situation, mais que la moquerie est une tout autre chose. « Rire, c’est la plus belle chose au monde. Il y en a qui vont faire du yoga, d’autres qui vont jogger, d’autres qui vont lever des altères, mais pour moi, rire, c’est ce qu’il y a de plus plaisant. L’humour, j’pense que c’est la base de la vie, de la mienne du moins. C’est beau rire. »

Puis, quelles sont les cinq choses qui te font rire à tout coup?

« Un bon jeu de mots, les émotions, les contraires, ma famille en général, le n’importe quoi. Imagine quelque chose, pense à complètement autre chose et fais-en un mélange. Genre, des gougounes dans l’espace, pis ça fonctionne à tout coup. »

Avec une entrevue qui dure trois heures, c’est un livre que j’aurais dû écrire. Mais en l’attendant celui-là, le voilà ton article sur l’Abordage, mon Simon, le gars ben trop ordinaire.


L’Abordage, la ligue d’impro qui fait rire depuis 1993

Par Catherine Foisy

Impossible de jaser du rire sans évoquer l’Abordage, la ligue d’improvisation qui a emmené Simon à Sherbrooke alors que personne ne comprenait. On s’exile d’un endroit pour le boulot, certes, mais pour une passion, il faut une pelletée de courage.

« L’improvisation, c’est une passion, mais ça ne rapporte rien. Ça rapporte des trucs, mais tu ne vis pas de l’impro, ce n’est pas un plan de carrière »,  me confie le capitaine de l’équipe des noirs, Simon Turcotte.

Pour Simon, ça a commencé il y a cinq ans alors que Michael Fontaine fondait une équipe éphémère, l’Archer, pour un match spécial contre les rouges de l’Abordage, dont Sabrina Pariseau était alors la capitaine. « Dans ma tête, j’me disais que je m’en allais sur-le-champ de bataille, tout nu. Cette fois-là, Sab m’a éclaté la gueule, mais d’une tellement belle façon. Elle est brillante, j’ai beaucoup appris. » Il faut croire qu’il a tellement aimé se faire casser la gueule que quelques mois plus tard, il faisait  le camp de sélection et entrait dans ce petit monde de l’improvisation sherbrookoise. Cette année, il joue sa quatrième saison.

D’ailleurs, il n’est pas le seul à chérir cette équipe tout particulièrement. La page Facebook de la ligue nous apprend que pour Samuel Fleury, assistant-capitaine de l’équipe des rouges, l’Abordage vaut le détour. « L’Abordage est la raison pour laquelle je fais l’aller-retour Sherbrooke/Montréal tous les weekends. » Parlant de rouge, le capitaine de l’équipe, Mathieu Muir, membre de l’Abo depuis quinze ans, souligne que l’équipe pour lui est une famille, une façon de se réunir avec ses amis, sa copine, et de triper en plus de faire triper le public. « Mes plus beaux moments sont lorsque tout le monde quitte un match satisfait. Oui, il y a un gagnant avec la forme, mais la plus belle victoire est lorsque les deux équipes repartent avec l’impression d’avoir tout donné. »

Croyez-vous qu’il est possible de rire de tout? 

« Tant qu’il n’y a pas de mauvaises intentions, on peut rire de n’importe quoi », me répond Sabrina Pariseau, aujourd’hui joueuse dans l’équipe des noirs.

Pour Mathieu, on peut rire de tout, mais pas de n’importe quelle façon. « Il y a des génies de l’humour qui peuvent apporter les sujets les plus délicats avec brio. »

Jean-François Mailhot, gars d’impro et également directeur général de l’Abordage, partage la même vision que ses collègues. Il ajoute : « Ce qui est déplorable, c’est que certains doivent plaider la liberté d’expression pour dire des conneries et que d’autres se disent persécutés lorsqu’ils sont victimes de blagues qu’eux-mêmes riraient s’ils étaient de l’autre côté de la médaille. »

Pour Simon, le but de l’improvisation est de faire vivre, point. Faire vivre toutes sortes d’émotions. Puis pour ce qui est de l’humour, bien, « il n’y a pas de un sans l’autre, si t’es drôle en impro, c’est que t’es quelqu’un de drôle dans vie. Les gens d’impro, c’est des brains, des gens de cerveau, des gens qui sont capables de mettre le bon mot au bon moment. » D’ailleurs, c’est avec des étoiles dans les yeux qu’il parle de ses collègues, de son équipe dont il est si fier.

Il est ici question d’humour. Mais avant tout, « l’impro est une forme de représentation artistique »,  souligne Jean-François.

Rappelons que pour seulement 4 $, il est possible d’assister aux matchs des quatre équipes de l’Abordage tous les dimanches, à 20 h, au Boquébière.


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