Par Frédérique Charron

Un échange étudiant de quatre mois sur une petite île de 83 km² : avoir le temps de comprendre la culture et les gens qui y habitent. Une routine s’installe naturellement, mais les paysages entourant le campus nous rappellent l’aventure dans laquelle nous avons sauté à pieds joints. Des montagnes de végétation infinie entourées de l’océan bleu clair et du soleil omniprésent nous bercent dans un quotidien de nouvelles découvertes culturelles et interpersonnelles. Des chocs culturels à la tonne que nous découvrons encore, après près d’un mois passé ici déjà.

Sens de la communauté

Faire bonne impression lors de nos premières rencontres en arrivant sur l’île ne s’est pas passé comme nous l’aurions souhaité. Une salutation habituelle n’est pas de mise. Ici, le sens de la communauté est important et flagrant. Saluer en disant « Bon matin, après-midi, soir » à tous les gens que nous croisons est la norme, et ce, surtout pour se détacher de l’image des touristes qui ne nous épargne pas partout où l’on va. L’histoire de l’île témoigne des comportements instinctifs de certaines personnes, mais une salutation naturelle en réjouit plusieurs et nous rapproche davantage de la communauté. Un non-dit connu des résidents qui nous permet de nous rapprocher d’eux et de bâtir des liens. Les gens prennent le temps d’observer nos comportements avant de nous aborder chaleureusement.

Avec plus de 50 000 habitants, les gens se connaissent et se reconnaissent. C’est surtout lors de nos visites en ville à bord d’un « safari », le moyen de transport, que nous pouvons apprécier la solidité de la communauté et le soutien que tous s’apportent les uns envers les autres. Une inconnue aidera une jeune mère avec ses enfants en s’occupant d’eux telle une grand-maman pour ses petits-enfants. Les gens se racontent des histoires et rient ensemble le temps de se rendre à destination.

D’une université à l’autre

La « island life » est un phénomène réel que nous vivons jusqu’en salle de classe. Des rires entre étudiants, une pluie d’après-midi, un professeur qui arrive juste à temps, une ambiance de collège telle qu’on la voit dans les téléséries américaines. Les gens ne sont pas pressés et c’est une énergie qui se partage. La chaleur accablante devient une raison de prendre son temps. Le stress on ne le sent pas et on le vit encore moins. La « island life » nous donne le temps de saluer les gens qui passent, de prendre de leurs nouvelles, de profiter du soleil avant que la pluie d’après-midi vienne faire tomber l’humidité, en bref, on vit le moment parce que c’est de cette manière qu’on fonctionne ici. Pas question d’imposer un rythme de vie à la presse à qui que ce soit.

Un type d’enseignement alternatif nous a également surprises. On oublie l’écriture automatique qu’on connaît lors des prises de notes, qui devient presque un verbatim complet. On apprend plutôt, grâce aux interactions, aux réflexions, à la résolution de cas, etc. La collaboration lors des travaux d’équipe représente un aspect important de l’éducation reçue à l’Université des Îles Vierges. Finalement, étant donné le faible nombre d’étudiants, certains cours sont strictement donnés via une conférence-vidéo qui lie les étudiants de Saint Thomas à ceux de l’île Saint Croix. Une forme de classe qui ne semble pas surprendre les étudiants établis ici.

La vie étudiante valorise grandement la communauté universitaire. Que ce soient les activités organisées sur le campus, la fébrilité des matchs de basket, etc. Les gens se connaissent et veulent vivre leurs années d’université à fond. La vie en résidence, la colocation, les repas de cafétéria, les après-midis à la buanderie : tous les aspects d’une routine de vie qui en bousculent quelques-uns, sachant que les plus jeunes sur le campus peuvent avoir 17 ans. On se sent accompagnés et soutenus par la sécurité offerte 24/7, la clinique de santé, les responsables des résidences, etc. Dès notre arrivée ici, plusieurs inquiétudes se sont rapidement dissipées en voyant le nombre de personnes dédiées à rendre notre séjour agréable et confortable.

Conscience environnementale

L’éducation sur l’environnement n’est pas une priorité sur l’île. Malheureusement, ce que l’on découvre rapidement, c’est que rien n’est recyclé. Que ce soit des bouteilles de verre, de plastique, des contenants de styromousse, du papier, tout passe au dépotoir de Bovoni. Le gouvernement n’en fait pas encore une priorité. Les gens devront continuer à faire pression en se dirigeant vers le secteur privé. Autrement, le recyclage de base tel qu’on le connaît ne fera pas son apparition de sitôt.

Nous avons récemment vécu l’ouragan Dorian de catégorie 1. Rien de majeur lorsqu’on compare les dégâts à ceux de Maria et Irma, deux ouragans de catégorie 5 qui avaient frappé l’île en 2017 à deux semaines d’intervalle. Il est donc regrettable qu’une communauté au cœur des catastrophes environnementales ne prenne pas conscience du réchauffement climatique causant ces ouragans, qui ne feront qu’augmenter en force et en nombre d’apparitions. Une éducation environnementale s’impose si la communauté souhaite améliorer son sort, présentement inévitable face aux prochains ouragans.

L’université tente toutefois de mobiliser la communauté étudiante à s’impliquer, notamment en organisant des nettoyages de plages, dont celle bordant la faculté de biologie marine, directement sur le campus. La base du problème, reposant sur l’utilisation de plastique à usage unique, reste toutefois très peu abordée et mériterait de l’être davantage, et ce, surtout dans un environnement où la jeunesse grandit et s’informe sur les enjeux menaçant les prochaines générations.

St. Thomas c’est alors des modes de pensée différents, des habitudes alimentaires d’influence occidentale, une éducation surprenante, des couchers de soleil épatants chaque jour, etc. On ne cesse de se surprendre quand on y découvre une nouvelle baie, une île voisine et les personnes épatantes qui font de cet endroit notre nouveau refuge tropical.

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