Crédit photo © Pasted Graphic

Par Audrey Bacon-Giffard

J’ai voulu commencer l’écriture de cet article par un cri à l’injustice, un appel à la révolte. Les mots résonnaient d’idéaux et de rêves : féminisme, égalité, droits, liberté, humanisme, respect. Tout cela introduisait une simple question : pourquoi les hommes ont le droit de se promener en chest dehors l’été, alors que les femmes doivent se couvrir les seins?

Quelle femme n’a jamais envié les hommes de pouvoir bronzer sans démarcation de haut de bikini? Ou de pouvoir dénuder leur poitrine sans devenir une distraction sexuelle aux yeux des autres?

Il y a un mouvement grandissant pour cette égalité du mamelon, pour sa libération, d’ailleurs appelé couramment Free the nipple. Sur le web, des montages de mamelons féminins et masculins interchangés sur des photos circulent, ainsi que des #freethenippple; dans la vraie vie, le Outdoor Co-ed Topless Pulp Fiction Appreciation Society encourage les New-Yorkaises à discuter bouquin au soleil, les seins nus, et la journaliste Lili Boisvert s’est promenée seins nus en plein cœur de Montréal. Ils sont beaux, pleins d’idéaux, criant à l’injustice.

Graduellement, au fil de plusieurs conversations avec différentes personnes, mon propre cri d’injustice a laissé place à autre chose : une simple et pure incompréhension. J’ai pu constater que les gens ne se posent pas cette question naturellement, mais surtout qu’en général, hommes comme femmes ne sont pas à l’aise avec l’idée de voir une femme se balader seins nus. Une piste de réponse intéressante à mon incompréhension s’est avérée ma vision naturellement peu sexualisée du corps humain. Celui-ci peut être érotisé ou non, selon le contexte, mais c’est mon choix. Pour beaucoup d’autres gens, le corps humain est automatiquement sexualisé, inconsciemment. Les seins, les fesses et les appareils génitaux sont chargés avec une signification sexuelle. Pour l’appareil génital, le lien est facile à faire avec la sexualité, mais qu’en est-il des deux autres? Bien sûr, il est difficile d’exposer seulement notre derrière sans montrer notre devant, ce qui peut expliquer qu’on ne se promène pas normalement les fesses à découvert. Les seins, eux, n’ont pas cette excuse. L’influence persistante de l’Église et une forte tendance des médias à sexualiser la femme seraient plutôt les excuses recherchées. Tsk, tsk, tsk…

Quoi qu’il en soit, l’été est arrivé; il fait chaud, il fait beau. En fin de semaine, les gars iront jouer au frisbee dehors et enlèveront leur chandail lorsqu’ils auront trop chaud. Les filles pourront mettre des bretelles spaghetti, des gilets bedaine ou des hauts de maillot et ça va passer au conseil, comme dirait ma mère, mais elles ne pourront pas être en chest.

Eh bien, je revendique l’égalité du mamelon une fois pour toutes. Je veux prendre un bain-de-soleil sans craindre les démarcations de bikini. Je veux être autre chose qu’un objet sexuel. Je veux jouer avec mes amis comme quand j’étais ti-cul… Parce qu’il me semble que tout était plus simple quand on était des petits humains joufflus uniquement en couche-culotte.

Moi aussi, je veux être en chest.


Partager cette publication

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *