Par Gabriel Gélinas 

Le 6 juillet dernier, plus de cinq mois après le départ de sa prédécesseure, Mary Simon a été nommée la 30e gouverneure générale du Canada. Inuk originaire de Kangiqsualujjuaq, au Nunavik, Mme Simon est une importante figure de la défense des droits et de la culture des Inuits.  

Cette nomination, saluée par plusieurs, est un pas dans la bonne direction sur le chemin de la réconciliation, mise en branle par les découvertes troublantes des dernières semaines. 

Un parcours de vie inspirant 

Fille d’une mère inuite et d’un père originaire du sud, Mary Simon a grandi dans un mode de vie très traditionnel et respectueux du patrimoine inuit.  

Originaire de Kangiqsualujjuaq, une communauté du Nunavik dans le Nord-du-Québec, elle a fréquenté une école fédérale et parle l’inuktitut et l’anglais. Si elle ne parle pas français, elle reconnaît l’importance de représenter tous les Canadiens dans les deux langues officielles et elle s’engage à l’apprendre dès son installation à Rideau Hall. 

Son parcours professionnel a été grandement influencé par ses différentes implications pour sa communauté. Après un passage remarqué en journalisme pour Canadian Broadcasting Corporation (CBC) dans les années 1970, Mme Simon s’est impliquée dans la direction de différents organismes voués à l’émancipation des communautés inuites.  

Elle a également pris part aux négociations visant à enchâsser les droits ancestraux et issus de traités dans la Constitution canadienne lors de son rapatriement en 1982. Son implication politique s’est ensuite poursuivie en tant qu’ambassadrice du Canada pour les affaires circumpolaires de 1994 à 2004 et comme première Inuite à être ambassadrice du Canada, au Danemark, de 1999 à 2002. 

Gouverneur général, une fonction méconnue 

Inévitablement, cette nouvelle nomination a remis sous les projecteurs l’éternel débat sur la fonction du gouverneur général au Canada. Rappelons que le gouverneur général du Canada est le représentant de la Reine au pays et le commandant en chef des Forces armées canadiennes.  

Par exemple, le gouverneur général convoque, proroge et dissout le Parlement. C’est aussi lui qui, entre chaque mandat gouvernemental, à la suite des élections populaires qui visent le Parlement, doit entériner la nomination du premier ministre du pays. Les lois étant édictées par le Parlement et le Sénat au nom de la souveraine, le gouverneur général doit donc également apposer la sanction royale avant qu’elles puissent prendre effet.  

Cependant, avec l’évolution des réalités politiques depuis la création du Canada et de sa Constitution en 1867, la fonction du gouverneur général est aujourd’hui presque exclusivement symbolique. 

En effet, son rôle est largement contraint par la Constitution, les conventions constitutionnelles et l’avis du premier ministre et des autres membres du conseil exécutif. 

En ce sens, le gouverneur général n’interfère pratiquement jamais dans la politique canadienne. Les projets de loi sont systématiquement sanctionnés, les nominations sont faites à la lettre des recommandations du premier ministre et, en règle générale, la tenue des sessions parlementaires respecte le bon vouloir du groupe majoritaire à la Chambre des Communes. 

Ainsi, nombreux sont ceux qui demandent tout simplement l’abolition du poste, voire du Sénat pour des raisons similaires.  

Pour plusieurs, les responsabilités effectives qui reviennent au gouverneur général ne permettent pas de justifier les frais associés au maintien de ce poste symbolique ainsi que la complexification superflue du système politique canadien. 

Un passage de flambeau remarqué 

Force est de constater que l’entrée en fonction de Mme Simon sera tout sauf habituelle. En effet, à la suite d’un rapport d’enquête dévastateur sur la gestion de son équipe, Julie Payette n’a eu d’autre choix que de quitter la fonction, il y a de cela plus de cinq mois. 

Dans ce rapport indépendant de la firme Quintet rendu public 27 janvier dernier, il y était notamment question de hurlements, de conduites agressives, de commentaires dégradants et d’humiliations publiques. Ces comportements répréhensibles ont aussi été accompagnés d’une facture de plus de 250000 $ pour divers projets de rénovation d’envergure à Rideau Hall. 

Depuis son départ, le 21 janvier dernier, c’est le très honorable Richard Wagner, juge en chef de la Cour suprême, qui tenait la garde de la fonction. 

Sans faire mention de ces événements, Julie Payette a tenu à offrir, sur Twitter, toutes ses félicitations à la nouvelle nommée qui lui succédera. Elle ajoute avoir eu la chance de rencontrer Mme Simon et précise également qu’elle fera tout en son pouvoir pour faciliter la transition. 

Pour sa part, la nouvelle gouverneure générale s’est contentée de glisser quelques mots faisant allusion à sa prédécesseure dans son discours en conférence de presse.  

«À titre de gouverneure générale, je m’engage pleinement et entièrement à maintenir les normes les plus élevées en matière de travail et d’éthique.» – Mary Simon, gouverneure générale désignée du Canada 

Un nouveau chemin vers la réconciliation 

Les réactions à cette nouvelle nomination ne se sont pas fait attendre. La Reine Elizabeth II, Cheffe d’État du Canada, a d’ores et déjà approuvé la nomination de Mme Simon. Dans un communiqué, elle souligne par ailleurs être ravie de cette récente nomination. 

Pour sa part, le chef de l’opposition officielle et du Parti conservateur, Erin O’Toole, a souhaité la meilleure des chances à Mme Simon. Il souligne l’importance de cette nomination pour le pays et pour les peuples autochtones, tout particulièrement. 

La nomination de Mme Simon a également réjoui le chef néo-libéral Jagmeet Singh, l’Association des Femmes autochtones du Canada (AFAC), l’Association des Femmes autochtones du Québec et bien d’autres. 

Dans son communiqué, l’AFAC n’a toutefois pas manqué de souligner la nature symbolique et colonialiste de la fonction du gouverneur général. 

Le chef de la communauté inuite d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, espère quant à lui que Mme Simon «utilise ce poste pour dénoncer les événements liés à la Reine et qu’elle prône l’autodétermination des peuples autochtones», écrit-il sur Facebook. 

Pour le moment, Mme Simon demeure gouverneure générale désignée. Elle entrera en fonction officiellement lors de sa cérémonie d’installation, à la suite de son serment. La date de cérémonie n’a toutefois pas encore été annoncée.


Source photo : Wikimédia

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