Par Josiane Demers

C’est le 1er octobre dernier que la coroner Géhane Kamel a déposé son rapport portant sur la mort de Joyce Échaquan, une jeune mère atikamekw décédée au centre hospitalier de Lanaudière le 28 septembre 2020. Ce rapport fait suite à des consultations publiques qui se sont déroulées du 13 mai au 2 juin dernier. Alors que la première recommandation du rapport demande au gouvernement québécois d’accepter la notion de racisme systémique, le premier ministre Legault en nie l’existence.

En conférence de presse, le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) est revenu sur le dépôt du rapport et sur ses conclusions. « Pour moi, un système c’est quelque chose qui part d’en haut. Est-ce qu’il y a quelque chose qui part d’en haut et qui est communiqué partout dans le réseau de la santé pour que le personnel soit discriminatoire? C’est non », soutient le premier ministre.

Auparavant, mais pas maintenant

Le gouvernement du Québec semble enrober de beaux discours son refus de reconnaître le racisme systémique. Lorsque François Legault, Geneviève Guilbault, vice-première ministre ou encore Ian Lafrenière, ministre responsable ses affaires autochtones, s’expriment sur le sujet, leurs mots sont remplis d’empathie. Ils ne nient pas l’existence du racisme, mais ne croient pas que le fonctionnement du système en entier doit être revu.

Monsieur Legault reconnaît qu’à l’époque des pensionnats, le racisme systémique existait, mais que depuis leur démantèlement, ce n’est plus le cas. Comme rapporté dans la section Espace Autochtone de Radio-Canada, le dernier pensionnat a fermé ses portes en 1991 au Québec et en 1996 au Canada. C’est très récent. Plusieurs organisations impliquées dans cette page honteuse de l’histoire du pays existent toujours. Il est impossible qu’il n’en reste pas des traces.

Entendre sans écouter

Également, la CAQ dit être ouverte au dialogue avec les communautés autochtones, mais ne semble pas écouter les réponses de ces peuples dont les voix ont été étouffées trop longtemps. Dans un communiqué publié le 29 septembre dernier, le conseil des Atikamekw de Manawan et le conseil de la nation atikamekw « dénoncent le manque de respect marqué par certaines annonces ». Il déplore le fait que le gouvernement ait instrumentalisé la mort de Joyce Echaquan.

Rappelons que le 28 septembre dernier, le ministre Ian Lafrenière a fait l’annonce qu’une réserve de biodiversité sera renommée au nom de madame Echaquan alors que la famille avait clairement exprimé le besoin de réfléchir à cela avant de donner leur accord. Il faut donc s’interroger sur ce que disent les représentants de la CAQ qui prétendent être à l’écoute alors que leurs actions prouvent trop souvent leur insensibilité.

Quand une communauté a mal, n’est-ce pas le devoir du gouvernement de l’écouter? Nous, Caucasiens nés au Québec, comment pouvons-nous juger du bien-fondé de ce mal? Les personnes les mieux placées pour nous expliquer comment agir pour aller de l’avant en espérant une réconciliation sont les victimes. Aussi, il ne s’agit plus de simples opinions, il s’agit de faits. Plusieurs études ainsi que le rapport du coroner nous forcent à admettre une évidence : le racisme systémique est bien présent au Québec.

Le PQ entre deux chaises

Évidemment, dans un système parlementaire encourageant le multipartisme, l’opposition a son mot à dire. Dans des propos rapportés par le Journal de Montréal, Paul St-Pierre Plamondon, chef de la formation politique, critique les conclusions de la coroner Kamel et considère qu’elle a outrepassé son mandat en tirant des « conclusions sociologiques » alors qu’elle aurait dû s’en tenir aux faits.

La position du Parti québécois (PQ) demeure ambiguë, alors qu’il reconnaît le racisme « institutionnel » et non « systémique ». Voilà un débat de sémantique qui ne fait certainement pas avancer la question. Peu importe le vocabulaire utilisé, la problématique est bel et bien présente. Pourquoi donc ne pas utiliser le mot que les communautés autochtones considèrent comme juste?

Deux partis d’opposition au front

Québec Solidaire (QS) et le Parti libéral du Québec (PLQ) somment le gouvernement de reconnaître l’existence du racisme systémique. Pour les deux formations, il est crucial d’écouter les communautés autochtones.

En point de presse, Dominique Anglade, cheffe du PLQ, souligne l’importance des mots et explique que « si on ne reconnaît pas que les biais ont une incidence, notamment sur les communautés autochtones, on n’est pas capables d’avancer. »

Le porte-parole de QS, Gabriel Nadeau Dubois, abonde dans le même sens. « Je pense que le Québec a besoin d’un premier ministre qui écoute […] qui reconnaît quand il se trompe, le Québec a besoin d’un premier ministre qui va au-delà de ses réticences personnelles pour [permettre] d’avancer », conclut-il.

Faute avouée à demi pardonnée

Il est évident que si la CAQ souhaite entretenir de meilleures relations avec les Premières Nations et les Inuits de la province, elle devra admettre ses torts. Au pouvoir depuis presque quatre ans, ce Parti est loin d’être le seul responsable des tensions avec certaines communautés. Toutefois, certaines actions sont venues ternir le chemin vers la réconciliation.

Premièrement, rappelons que le premier ministre Legault a refusé que le 30 septembre devienne un jour férié au Québec, bien que le fédéral ait déclaré que cette date deviendrait désormais la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Ensuite, la CAQ s’est opposée à l’adoption du principe de Joyce. Notons que le fédéral a adopté la motion en accordant un budget de 2 millions de dollars à la nation atikamekw afin de développer des outils permettant de sensibiliser la population. Finalement, le gouvernement refuse d’accepter la première recommandation du rapport du coroner dans la mort de Joyce Echaquan demandant la reconnaissance du racisme systémique.

Ici, il n’est pas question d’allégeances ou de penchant vers la droite ou la gauche. Il s’agit d’une question profondément humaine. Aussi douloureux que cela puisse être, il faut accepter nos torts en tant que société pour espérer enfin aller de l’avant.


Source photo @ Facebook – Assemblée nationale

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