Par Victor Dionne

Le 4 octobre, c’était la catastrophe. Un tremblement de terre? Un tsunami? Une guerre civile? Une invasion d’extra-terrestres? Bien non! Les applications du groupe Facebook, incluant les applications Instagram, WhatsApp, Messenger et évidemment Facebook, sont tombées en panne. Pas pendant dix minutes, mais bien pendant près de sept heures; c’est un évènement historique.

Que ce soit les entreprises, les pages de memes, les influenceurs ou les détenteurs de comptes personnels, tous les utilisateurs étaient dans le même bateau. Même nous, au Collectif, avons changé de plateforme pour communiquer, et c’était tout de même « particulier ». Imaginez les compagnies qui n’opèrent que par celles-ci, ça devait être tout un défi! Sommes-nous rendus dépendants des différents réseaux sociaux à un point tel qu’une panne nous affecte dans notre fonctionnement, dans notre efficacité et même dans notre définition sociale?

Mais qu’est-ce qui s’est passé?

Avant tout, il est nécessaire d’établir les faits techniques concernant l’arrêt de Facebook. Selon les différents médias et les experts en cybersécurité, il s’agirait d’un type de panne qui arrive majoritairement aux petites entreprises, comme l’a cité Jonathan Bonneau, journaliste à La Presse, la journée de l’incident. L’incident concernait « un changement de configuration défectueux » selon un communiqué du Groupe Facebook. Des problèmes liés à des mises à jour du système informatique qui relie les différents serveurs avec les noms de domaines sont les causes de la panne. C’est comme si l’on débranchait le modem chez soi par accident, estime Bonneau.

Plus gros qu’un choix individuel?

Surement qu’au moment où vous lisez cet article, il y a quelqu’un autour de vous qui consulte son fil d’actualité Facebook ou Instagram. Si ce n’est pas le cas, vous êtes probablement seul, ou du moins entouré de personnes qui n’ont pas accès à ces réseaux.

En fait, le nombre d’utilisateurs Facebook autour du globe est en constante augmentation dans les dernières années. Selon les statistiques recueillies par le site Statista, Facebook est passé de 100 millions d’utilisateurs en 2008, à près de 3 milliards à la mi-2021. Près de la moitié des habitants de la planète sont donc actifs sur l’application. Juste en Amérique du Nord, il y a présentement environ 259 millions d’utilisateurs. Pour donner un comparatif, la population des États-Unis était d’environ 329 millions en 2020. C’est comme si les trois quarts des Américains utilisaient Facebook fréquemment, mais à l’échelle du continent complet.

En prenant en considération ces statistiques, est-il vraiment possible, en tant qu’Occidentaux, de sortir de cette nouvelle sphère sociale? Pour conserver des relations de longue date, à distance, s’informer sur l’actualité (ou sur les informations universitaires), et même aller chercher des critiques pour le prochain souper entre amoureux au restaurant, il est difficile de s’imaginer ne pas consulter les réseaux sociaux. Ils sont donc, sans qu’on le veuille, une forme de « nécessité » à la vie commune.

Selon un article de Michel Grosseti, publié dans la revue scientifique Réseaux en 2014, les réseaux sociaux ont pour principal effet d’accélérer le temps. Ce qu’il veut dire par là, c’est que « ces moyens rend[ent] tous les liens potentiellement accessibles en permanence ». Avec l’habitude d’accès facile à la communication et l’information des dernières années, est-ce qu’il est possible de ne pas avoir de compte Facebook ou Instagram? Étant donné que la panne du 4 octobre a demandé à ce que l’on fasse preuve de débrouillardise pour vaguer à nos activités personnelles quotidiennes sans ces réseaux., il est difficile de concevoir un monde sans ces derniers.

Et les entreprises?

Aujourd’hui, il est bien rare de ne pas trouver la page d’une entreprise sur Facebook ou Instagram. En effet, lors de la conférence du second quart de l’année 2018, la directrice de l’exploitation chez Facebook, Sheryl Sandberg, mentionnait qu’il existait environ 80 millions de pages de petites et moyennes entreprises. Une panne d’une durée de sept heures sur l’un des moyens principaux de communication, de gestion et de publicité d’une entreprise peut entraver son bon fonctionnement. Ceci peut conduire à des impacts significatifs sur les rendements quotidiens. Sur 80 millions d’entreprises, c’est tout de même important…

De plus, la firme américaine Kleiner Perkins concluait à la suite d’un rapport de 2018, que 78 % des consommateurs américains trouvaient des produits à acheter sur Facebook. Ainsi, il est possible de déduire que les individus ont tendance à consommer via les réseaux sociaux. C’est pourquoi un arrêt de longue durée du groupe Facebook a surement affecté les revenus des petites et moyennes entreprises, qui se sont retrouvées avec moins de visibilité pendant plus d’un quart de journée. Évidemment, ce sont des spéculations puisqu’il n’y a pas encore de données officielles à ce sujet au moment d’écrire cet article.

L’arrêt d’un outil social et technique comme Facebook fait clairement des dommages collatéraux. Ce n’est pas la fin du monde, mais il en reste que les réseaux sociaux sont devenus parties intégrantes de nos vies durant les dernières années. Individuellement, peut-être qu’il est possible de se dire que nous n’avons pas besoin des différentes applications sociales. Mais, malgré la bonne volonté individuelle, la machine qu’est le groupe Facebook est plus imposante qu’un simple choix personnel. Une panne comme celle de lundi dernier, ce n’est pas sans conséquence.


Crédit photo @ Firmbee

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