Par Daryann Lacombe  

CRITIQUE/La pièce King Dave d’Alexandre Goyette reprend vie avec un texte remanié et une mise en scène toujours assurée par l’excellent Christian Fortin. Pour une première fois, Goyette a laissé le rôle de Dave à Anglesh Major qui livre ce monologue avec brio, en plus d’offrir une performance engagée. 

Dave cherche à être le roi de la fête, toutefois les ennuis prendront peu de temps à le rattraper. Dans une suite d’événements, le personnage prendra de mauvaises décisions et il s’enlisera de plus en plus profondément. Délinquance, violence, relations conflictuelles et solitude font partie des thèmes récurrents dans la pièce. Le rythme de vie effréné de Dave et ses impulsions le mèneront-ils à commettre des gestes qu’il pourrait regretter?  

La pièce 

Pendant une heure trente durant laquelle il incarne l’ensemble des personnages, Anglesh Major offre une prestation impressionnante. En passant par plusieurs rôles, l’acteur a le don de modifier sa voix, ainsi que sa gestuelle pour amener l’auditoire à s’imaginer l’interaction entre les multiples personnages. Sur scène, plusieurs micros sont présents afin de projeter sa voix et d’aider à faire la transition des personnages. Le reste du décor est assez épuré et la scène repose sur l’imaginaire du public. Ce manque d’objets et l’absence de répliques font écho à la solitude vécue par le personnage tout au long de l’histoire. Les émotions vécues par ce dernier génèrent une forme d’empathie chez le public. De plus, la narration supplémentaire donne l’impression que Dave se confie et cela crée une forme d’intimité avec la salle.  

La distribution 

Le choix d’un acteur montréalais d’origine haïtienne permet l’utilisation d’un langage coloré, un slang connu dans la métropole. Bien que pertinente pour les millénariaux, cette langue unique qui mélange le français, l’anglais et le créole présente une difficulté pour ceux qui ne sont familiers pas avec les expressions qu’elle contient.  

La reprise de cette pièce arrive à point en 2021, où elle s’inscrit en tant que revendication. Le choix d’un acteur afro-québécois change le propos véhiculé dans l’œuvre originale. En effet, avec la montée en popularité du mouvement Black Lives Matters, on peut voir là une prise de position puisque le personnage relate certains des événements traumatiques qui l’ont mené à être qui il est aujourd’hui. Ainsi, il est possible d’observer l’un des changements majeurs entre la version originale et remaniée : le personnage est passé d’un être raciste à un être qui vit du racisme. Il s’agit assurément d’une pièce à voir, mais sachez que vous n’en ressortirez pas intact. 


Crédit photo @ Dany Taillon

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