Par Philippe Johner

L’enjeu de la crise des logements locatifs a pris beaucoup d’espace médiatique dans les derniers mois. Elle affecte profondément la jeune génération. Cependant, elle semble en éclipser une autre qui affectera également les jeunes adultes : l’accès à la propriété immobilière devient très difficile à la suite de l’explosion des prix.  

Selon les chiffres de l’association professionnelle des courtiers du Québec (APCIQ), le prix médian des maisons unifamiliales à Sherbrooke est passé de 215000 $ à 315000 $ depuis le début de la pandémie. Cette hausse rapide ne semble toujours pas s’essouffler puisqu’entre le 2e et 3e trimestre 2021, la médiane des maisons sherbrookoises a vu son prix monter de 21 %.  

Dans un article de La Presse, Paul Cardinal, économiste de l’APCIQ, souligne que «la grosse préoccupation est celle-ci : la génération qui est à l’âge d’acheter une propriété et les autres jeunes qui s’en viennent seront-ils capables de devenir propriétaires comme leurs parents l’ont été? C’est devenu beaucoup plus difficile de devenir propriétaire aujourd’hui».  

Un problème avec des racines lointaines 

Si ce problème a certainement été exacerbé par la pandémie, il n’est pas nouveau. Les documents de l’APCIQ démontrent que le prix médian des maisons à Sherbrooke est passé de 109000 $ à 206000 $ entre 2003 et 2018; une hausse de 89 % des prix en 15 ans. Selon les chiffres du gouvernement du Québec de cette même période, le salaire individuel médian est passé de 19000 $ par année à 30900 $ par année, une augmentation de seulement 62 %. Le salaire minimum lui, gagne-pain plus commun chez la jeunesse, avait augmenté de 64 % entre 2003 et 2018. 

Dans un article du département de sociologie de l’Université Laval publié en 2016, on constatait déjà que les jeunes avaient plus de difficulté à posséder une maison. On y remarquait que les nouvelles générations devaient s’endetter davantage et recourir à l’aide financière familiale plus fréquemment afin de devenir propriétaires.  

Néanmoins, l’accentuation de cet écart est potentiellement plus vieille que les années 2000. Dans le même article de La Presse, la firme Abacus soutient que si les baby-boomers ne prenaient que 5 ans à accumuler l’argent pour habiter une maison, les jeunes d’aujourd’hui doivent plutôt travailler 14 ans. Cette différence générationnelle est aussi importante que l’écart prix-salaires évoqué plus haut.  

Une lueur d’espoir 

Le coût des propriétés a été sujet à débat lors des élections municipales. Plusieurs solutions ont été proposées, comme la taxation sur la spéculation immobilière. De plus, il semble que ce sera aussi un champ de bataille dans les élections provinciales de 2022, puisque Québec Solidaire a également revendiqué cette taxation. Toutefois, il faut attendre la mise en place de ces solutions par les nouveaux élus et déterminer leur niveau d’efficacité. 


Crédit photo @ Pixabay

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