Par Josiane Demers 

C’est le 10 juin dernier que Véronique Cloutier et Louis Morissette inauguraient la toute première maison Véro & Louis, qui offre un milieu de vie permanent aux adultes de 21 ans et plus vivant avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Sollicitées fréquemment à cause de leur statut, comment ces personnalités publiques font-elles pour déterminer quelle sera la bonne cause?  

C’est avec Véronique Cloutier que Le Collectif s’est penché sur la question afin de comprendre les mécanismes qui se cachent derrière la volonté de centraliser ses efforts dans un seul projet d’envergure.  

Centraliser l’implication 

Lorsqu’une personne jouit d’une popularité considérable, elle fait l’objet de plusieurs demandes philanthropiques pour diverses causes. À travers tout ce « trafic », comment orienter ses choix judicieusement? 

Selon Véronique Cloutier, « toute personne qui a besoin d’aide mérite d’être entendue ». Ayant été élevée dans un milieu familial où des valeurs telles que la gratitude et la générosité prédominaient, elle a toujours voué une importance particulière à l’implication.  

Déjà, à 19 ans, celle qui était alors VJ à MusiquePlus, donnait de son temps en animant le Téléthon des étoiles, qui porte maintenant le nom du Téléthon de la recherche sur les maladies infantiles. Elle est ensuite devenue marraine pour la Fondation Sainte-Justine.  

Chacun de leur côté, Véronique Cloutier et Louis Morissette s’impliquaient dans plusieurs causes de différentes façons. « Il est venu un temps où on s’est dit : on donne de l’argent un peu partout, on jouit d’une belle notoriété et d’une belle popularité. On a de l’attention médiatique. Et si on centralisait tout ça en aidant UNE cause qui a besoin d’une tribune pour être vue et entendue », explique l’animatrice.  

Processus décisionnel rigoureux 

Décider de créer une fondation pour apporter une aide plus ciblée et efficace est une chose, mais choisir LA bonne cause en est une autre. Lorsque le désir d’implication est réel et la volonté d’aider est authentique, une réflexion sérieuse s’impose afin d’effectuer le bon choix.  

Source : Facebook Fondation Véro & Louis

C’est ce que le couple d’artistes a fait. Sur une longue période et à travers des lectures et des discussions, la décision s’est arrêtée sur la cause des personnes adultes avec un TSA. « J’ai lu le livre de Guylaine Guay, Deux garçons à la mère. Guylaine a deux garçons autistes et elle raconte leur histoire avec énormément d’humour tout en nous apprenant beaucoup de choses. Dans le livre, elle dit qu’elle rêve d’une maison qui va accueillir des enfants comme les siens et que cette maison ne tombera pas du ciel, mais que c’est probablement quelqu’un de généreux qui va entendre son appel », explique Véronique Cloutier. 

Ça a été le déclic. L’artiste a parlé de cette idée de maison à son mari, qui était plutôt sceptique puisqu’il avait de la difficulté à croire qu’aucune maison du genre n’existait. Ce dernier a chargé une recherchiste de son bureau de s’informer pour savoir si des hébergements PERMANENTS pour les adultes autistes de 21 ans ou plus ça existait au Québec. Conclusion : le gouvernement a confirmé que ce genre de ressources n’était effectivement pas disponible sur le territoire de la belle province.  

Un modèle unique 

Bien qu’il existe plusieurs ressources intermédiaires ainsi que des familles d’accueil, le modèle imaginé par la fondation Véro & Louis est unique. « Notre maison est pour les personnes semi-autonomes, pour la plupart non verbales. Ils ne vont jamais aller en appartement. Ils ont besoin d’assistance pour presque tout. C’est réfléchi, conçu et pensé pour eux », confirme madame Cloutier.  

Les personnes autistes ont des besoins sensoriels et sociaux particuliers et ces éléments ont été pris en considération. L’objectif est de créer un milieu de vie non seulement adapté, mais aussi agréable, où l’épanouissement et l’éducation sont au centre des préoccupations. La maison peut accueillir 20 résidents qui profitent de l’expertise et du dévouement de plusieurs éducateurs spécialisés et préposés aux bénéficiaires.  

En collaboration avec le ministère de la Santé, on essaie de développer un nouveau modèle qui fonctionne et qui pourra ensuite être repris aux quatre coins de la province. C’est ça notre idéal. Notre rêve, c’est d’ouvrir d’autres maisons partout, en partenariat avec d’autres fondations privées qui ont le même objectif que nous.  – Véronique Cloutier 

Afin d’étudier le modèle, plusieurs projets de recherche à l’Université de Sherbrooke, à l’Université de Montréal et à l’Université du Québec à Trois-Rivières se penchent de façon continue sur le projet afin d’en observer l’efficacité.  

« Au pic pis à’ pelle » 

C’est bien beau d’avoir de grandes ambitions, mais à la base, comment s’entourer des bonnes personnes et comment choisir les meilleurs partenaires pour arriver à ses fins? Il est évident qu’un projet d’envergure tel que la Maison Véro & Louis nécessite une équipe efficace et fiable ainsi que des partenariats impliqués.  

Véronique Cloutier explique que ces choix ont commencé de façon très artisanale : « Tu t’entoures de gens que tu connais, comme ça tu n’es pas inquiet. Louis a la chance d’avoir des amis avocats, PDG d’entreprises, fiscalistes, etc. On a fait aller tous nos contacts et on a créé une équipe petite, mais très solide ». 

Pour ce qui est des partenaires, Véronique et Louis ont monté leur propre présentation et sont allés en personne rencontrer des dirigeants d’entreprises afin de promouvoir leur projet et convaincre ces derniers de s’impliquer auprès d’eux.  

« Il y a un phénomène d’observation au début. Il faut accepter que les grandes entreprises t’analysent pour voir si tes intentions sont sérieuses et où te mène le processus. Ensuite, ça débloque », soutient l’animatrice et philanthrope.  

Et la politique, là-dedans? 

Tout projet social finit par alimenter certaines discussions politiques, surtout lorsque l’on jouit d’une certaine popularité. Cela peut parfois réinscrire des sujets à l’agenda et permet aussi de mettre en lumière de potentielles lacunes au niveau de certains programmes gouvernementaux.  

Véronique Cloutier conclut en expliquant que son implication ne s’inscrit jamais dans une quête politique à la base, mais qu’elle se réjouit de pouvoir répondre à un besoin et mettre en lumière une cause pour laquelle le manque de ressources est bel et bien présent.  

Pour un don ou pour plus d’information, visitez la page de la Fondation Véro & Louis. 


Source photo : Facebook officiel Fondation Véro & Louis

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