Le Québec et ses ordures

Par Émile Brassard

Le mercredi 25 octobre dernier était diffusé le film-documentaire LA pouBELLE PROVINCE à la Capsule Bistro-Cinéma. Retour sur cette incursion au cœur de la gestion des déchets au Québec, réalisée par Denis Blaquière.

Quel est le problème?

Alors que la projection s’est tenue pendant la Semaine québécoise de réduction des déchets, cette initiative de Campus Durable ne pouvait être plus à-propos. En effet, la projection organisée par ce comité étudiant de l’Université de Sherbrooke mettait en lumière comment l’enfouissement des déchets au Québec est non seulement un marché très lucratif, mais également un secteur où la législation avance à pas de tortue.

Il faut savoir que ce « marché de la poubelle », pour reprendre les termes du documentariste Denis Blaquière, représente une facture de plus d’un milliard de dollars pour les citoyennes et citoyens et plus d’un million de tonnes de déchets annuellement, ici au Québec. La situation actuelle inquiète de nombreuses personnes dans la province, en raison notamment des pratiques peu souvent transparentes ou conformes aux recommandations du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), et aussi des risques d’impact sur l’environnement, sur la santé et sur la qualité de vie pour les gens à proximité des dépotoirs.

Rectification des faits

Si le public pouvait d’abord penser que le Québec a de quoi être fier de son large réseau de bacs bleus à travers ses maisons et ses écoles, le documentaire vient rapidement mettre fin à ce mirage du recyclage : la province a encore beaucoup de chemin à faire en matière de gestion, mais aussi de production des déchets. En effet, il apparait que les Québécoises et Québécois sont parmi les plus grands producteurs de déchets par individu, dépassant même les Étasuniennes et Étasuniens. À cela s’ajoute qu’au Québec, il n’y a environ que le tiers des matières qui ont le potentiel d’être recyclées qui le sont véritablement au bout du compte.

Denis Blaquière évoque ainsi le gaspillage massif d’une grande quantité de déchets recyclables, lorsque souillés au contact d’autres déchets ou jetés directement à la poubelle. Le fait que le tri des matières déposées au recyclage ne s’effectue pas encore chez les citoyens, mais dans les centres de tri, diminue considérablement le rendement et l’efficacité du recyclage dans la province.

Au moment de la production du documentaire en 2012, l’État acceptait toujours les demandes d’agrandissement parmi les cinq grands dépotoirs au Québec. Et cela, malgré que les gaz nauséabonds, polluants et, dans une proportion de 1 %, toxiques émis dans l’atmosphère ainsi que les risques de contamination souterraine préoccupent les résidents et entrepreneurs à proximité des centres d’enfouissement. Au final, le documentaire insiste surtout sur la surproduction de matières résiduelles et le gaspillage des déchets qui peuvent pourtant être récupérés, comme le verre, certains plastiques et l’aluminium, alors que ces deux phénomènes sont en grande partie la cause de l’élargissement des dépotoirs provinciaux.

Des leçons à retirer?

La Nouvelle-Écosse, qui interdit depuis 1998 l’enfouissement de matières compostables ou recyclables, est mentionnée à titre d’exemple. Dans cette province, le gouvernement visait déjà en 2012 d’atteindre une production annuelle de matières résiduelles par individu d’environ 300 kilogrammes, alors que le gouvernement au Québec espérait, lui, tendre au nombre de 700 d’ici 2017. Bien que l’incinération soit une alternative envisageable à l’enfouissement, en permettant entre autres la « valorisation énergétique des déchets », c’est-à-dire de produire de l’énergie par la combustion de ces déchets, cette solution en soi demande beaucoup d’énergie pour son fonctionnement, et elle n’est pas nécessairement plus écologique.

Cependant, des solutions plus simples encore sont à portée de main. À la fin du documentaire, les propositions de Denis Blaquière incluent la réduction de déchets domestiques, l’achat responsable et la valorisation des matières recyclées. Le documentariste n’écarte pas non plus l’expansion du système de consignation pour les quelque 200 millions de bouteilles de vin et de spiritueux produites chaque année par la Société des alcools du Québec, dont la moitié continuent de se retrouver dans des centres d’enfouissement.

Bref, les choix quotidiens de chacun, multipliés à l’échelle de la province, soulèvent d’importantes questions environnementales lorsque vient le temps de faire disparaitre toutes les matières résiduelles, emportées chaque collecte vers les grandes poubelles provinciales.


Crédit Photo ©  ImageExploratv

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