BEYRIES : écouter sa petite voix

Par Marie Vachon-Fillion

Amélie Beyries a débuté sa carrière d’auteure-compositrice-interprète en tant que BEYRIES il y a de cela quelques années seulement, alors qu’elle amorçait la deuxième moitié de la trentaine.  Mettant de l’avant des arrangements piano-voix et guitare-voix, elle fait frissonner d’émotions quiconque tend l’oreille. Le Collectif s’est entretenu avec cette artiste simple et intègre, qui sera en spectacle au Théâtre Granada le 15 novembre prochain.

Des origines étonnantes

C’est d’une voix rauque que BEYRIES débute l’entrevue. Alors qu’on pourrait croire qu’elle a fêté tard la veille à cause du premier gala de l’ADISQ (en nomination pour le spectacle de l’année anglophone), elle précise qu’elle a beaucoup chanté ces derniers temps et que sa voix en souffre quelque peu. C’est avec sa « voix pour chanter du blues », comme elle dit, qu’elle nous parle des origines de son nom de famille, ma foi assez mystérieux.

« Beyries, ça vient des Pays basques, ça remonte à tellement loin! Les premiers Beyries sont arrivés ici en 1874, pour pêcher dans le fleuve Saint-Laurent. » Amélie se considère néanmoins tout à fait Montréalaise. Elle qui chante majoritairement en anglais, elle m’explique qu’elle a vécu dans un milieu moitié francophone, moitié anglophone, et ce, très tôt. « Mes grands-parents partageaient leur vie entre la ville La Salle et la Floride. L’influence américaine était donc très présente, autant que l’européenne. » Grandissant dans un quartier bilingue, elle adopte rapidement la télévision et les journaux anglophones.

Très petite, Amélie développe un intérêt pour le piano de sa grand-mère. « Je tapochais là-dessus, et j’ai toujours continué à tapocher. Je me suis rapidement mise à composer. » Cependant, elle tenait à ne pas suivre de cours : « J’aime tellement la musique, je ne voulais pas suivre de cours, car je ne voulais pas que ça devienne une charge! »

L’âge n’a pas d’importance

Est-ce que ça fait peur de se lancer dans la musique alors qu’on est dans la trentaine? L’artiste explique : « Je n’ai jamais accroché sur l’âge dans la vie. Chez nous, l’âge était valorisé. » Selon elle, la société d’aujourd’hui prend un malin plaisir à catégoriser les gens. Tellement, selon elle, qu’on bascule presque dans la maladie mentale. « T’écoutes Neil Young, ce n’est pas moins bon parce qu’il est vieux! L’âge est une illusion totale. »

La question qui brûle toutes les lèvres lorsqu’on rencontre BEYRIES : Pourquoi se lancer si tard dans la musique? Elle répond du tac au tac : « Avant ça, je n’avais rien à dire! Je n’avais pas de compositions, pas de chansons. C’est mon entourage qui a voulu que je sorte mon premier album! »

Changée à jamais par la maladie

L’élément déclencheur, chez Amélie, c’est lorsqu’elle a reçu le diagnostic de son premier cancer du sein à la fin de la vingtaine. Puis, quelques années plus tard, en arrive un deuxième. « Pour moi, ces expériences de maladie, faut pas oublier ça. J’ai perdu un sein à travers ça, tous les jours je prends ma douche, je le vois. J’ai été atteinte physiquement, mon corps a été altéré. »

Amélie est évidemment marquée à vie par ces événements malheureux. Cependant, elle en ressort résolument grandie, et avec une vision de la vie changée à jamais.

« Après la maladie, des choses sont devenues beaucoup plus claires pour moi : ce que je veux, ce que je suis. On devient conscient de notre fragilité, de notre vulnérabilité. »

Et si c’était à refaire, elle n’hésiterait pas. « Quand on devient en danger, quelque chose se déclenche en nous. C’est une énergie vitale qui embarque. Je souhaiterais des chocs électriques à plusieurs personnes pour qu’elles réalisent tout ça. »

Et c’est ainsi que Landing, son premier album, voit le jour en février 2017.

Écouter sa petite voix

Est-ce que BEYRIES a peur de ne pas avoir d’inspiration dans le futur? Elle répond « oui, je pense que ça fait partie du processus ». Après une grosse année à faire beaucoup de spectacles, elle était inévitablement très fatiguée, mais cela lui a pris un moment avant d’accepter que c’était tout à fait correct. « C’est rare qu’on peut créer tous les jours. Je n’ai pas envie de faire le même disque. Mon grand secret, c’est d’écouter ma petite voix. »

Peu importe ce qu’elle lui dit, elle l’écoute : « Des fois elle me dit : écrase-toi et écoute Netflix! Si elle me dit, tu fais deux heures de musique par jour, je vais tenter de le faire. » Amélie dit qu’elle a réussi à illuminer des gens autour d’elle qui ne comprenaient pas ça. C’est nous qui sommes responsables de notre propre bonheur. « J’ai vraiment commencé à être à l’écoute de moi-même. C’est fou l’intuition, c’est tellement puissant. » Son prochain album, elle n’a alors aucune idée de quand il va sortir. « Si je ne sens pas que ça va toucher les gens, je ne sortirai rien. C’est important pour moi que ce soit vraiment sincère. »

Un premier album « miracle »

Landing est une surprise à bien des niveaux pour BEYRIES. « Je n’avais jamais fait ça de ma vie, je ne connais même pas mes accords! » Elle a trouvé son match parfait avec le musicien et réalisateur Alex Mcmahon. Elle est contente du résultat de son premier album. Elle ne tente pas de bouleverser les tendances musicales, mais plutôt de faire quelque chose qui lui plaît. « Je ne ferai jamais de musique électronique ou bien du hip-hop. Les artistes qui me font triper, c’est Elton John, Joe Cocker, Sarah McLachlan et Aretha Franklin. »

Pour BEYRIES, de voir que sa musique est écoutée tient du miracle. Elle n’avait aucune attente; sa gérante et elle se donnaient un an pour voir si ça fonctionne. « Moi je me disais, quand on a parlé de sortir ma musique, y’a personne qui va écouter ça... Ma gérante, elle, était sûre. Elle avait une vision. » Il faut savoir que l’artiste, avant de se lancer en musique, cumulait plusieurs années d’expérience dans le milieu des affaires, ce qui l’a beaucoup aidée. « Ça m’a beaucoup servi, j’ai pris ça comme une start-up. À 21 ans, je n’aurais pas été capable de faire ça. »

Les nouveaux artistes sont contraints à investir beaucoup d’argent, et c’est rare qu’un projet devienne rentable. Un petit conseil de la part de BEYRIES pour les artistes en devenir : « Finance-toi adéquatement, entoure-toi de gens de chiffres. Il y a quelque chose d’un peu illusoire que juste avec une bonne chanson, on va se rendre loin. Des fois, j’entends des chansons extraordinaires… mais on ne les entend pas. C’est un miracle que ça m’arrive! »


Crédit Photo @ Shayne Laverdière

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