Chronique linguistique : Les particularismes de Sherbrooke

Par Gabriel Martin

Pour cette édition de la rentrée, l’équipe du Collectif m’a demandé de faire une petite liste des mots typiques du français sherbrookois, à l’attention des nouvelles personnes qui arrivent à l’UdeS.

Voici donc quelques données toutes fraiches que j’ai récoltées durant le dernier mois. Ma méthodologie a été simple : j’ai écouté mes amis parler et, dès que j’entendais une phrase contenant un emploi propre à l’usage sherbrookois, je la notais dans mon cellulaire. Les exemples de phrases que je vous donne ici sont donc totalement authentiques.

Alors, sans plus tarder, voici un petit glossaire des principaux particularismes utilisés en contextes informels, par des gens âgés de 20 à 30 ans qui ont grandi à Sherbrooke.

bus [bʏs] : Synonyme d’autobus, utilisé comme un nom féminin. « Je vais prendre la bus pour aller au party ce soir. » ▹ Selon Normand Beauchemin (La lexicographie québécoise, 1986, p. 153), la forme bus était anciennement prononcée [bʌs] ou [bɔs] (bosse) à Sherbrooke, c’est-à-dire à l’anglaise. Or, en français québécois, on a une certaine tendance à féminiser les emprunts directs à l’anglais. Le fait qu’à Sherbrooke l’on dise couramment une bus, mais un autobus, s’expliquerait donc par une influence de l’anglais sur la forme courte.

gustru [gʏs.tʁy] : Synonyme de patente à gosse, utilisé pour désigner une chose quelconque, généralement un objet étrange ou mal fait, qu’on ne saurait identifier par un nom. « C’est quoi ce gustru-là? — Je crois que c’est une œuvre d’art. » ▹ Ce mot provient possiblement de gugusse et de truc. Notons que le dictionnaire Usito (www.usito.com, consulté le 20 août 2017) indique que gugusse (au sens de « objet quelconque »), provient du nom propre Auguste. Selon mon hypothèse, le mot gugusse serait plutôt à lier avec gogosse, lui-même apparenté à gosser.

snique [snɪk] : Espadrille de sport, typiquement dotée d’une semelle de caoutchouc et de lacets. « J’ai perdu un de mes sniques hier, en courant dans la bouette. » ▹ Ce mot provient de l’anglais sneaker (de même sens), selon Louis Mercier (Contribution à la connaissance du vocabulaire de la chaussure en français québécois, 1981, p. 131-133).

terrasse [tɛ.ʁas] : Pelouse située à proximité d’une habitation. « Tu devrais tondre ta terrasse aujourd’hui, parce qu’il va mouiller durant le reste de la semaine. » ▹ À Sherbrooke, les autres sens généralement attribués au mot terrasse sont aussi employés.

vico [vi.ko] : Berlingot de lait au chocolat. « Au camp de vacances, quand j’étais petit, j’attendais toujours avec impatience qu’on me donne mon vico. Juste à parler des vicos, ça me rend nostalgique. » ▹ D’après Vi-Co, nom d’une marque de lait au chocolat vendue au 20e siècle. À Sherbrooke, la compagnie Sherbrooke Pure Milk Co. Ltd. se chargeait de l’embouteillage. La célèbre marque s’est aussi vendue ailleurs au Québec, notamment dans des municipalités de la Montérégie comme Acton Vale, Saint-Hyacinthe, Saint-Jean-sur-Richelieu et Sorel, mais aussi plus au nord comme à Chicoutimi et à Joliette. L’emploi de vico est surtout vigoureux à Sherbrooke.


Crédit Photo © Mikhail-Pavstyuk

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