Légendes urbaines... en éducation!

Par Félix Morin

Normand Baillargeon, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation à l’UQAM, philosophe et écrivain prolifique, vient de publier chez Poètes de brousse le livre le plus polémique dans le domaine de l’éducation cette année. Avec Légendes pédagogiques : l’autodéfense intellectuelle en éducation, il met les projecteurs sur quatorze légendes qui circuleraient dans le domaine de l’éducation ici comme ailleurs.

Nous avons tous déjà entendu des légendes urbaines. Elles circulent entre les personnes avec le fameux « c’est arrivé à l’ami d’un ami, d’un ami... » Ces légendes sont souvent fausses et expriment des peurs.

Dès le début du livre, Normand Baillargeon mentionne que « les légendes pédagogiques n’expriment pas tant des peurs que des croyances particulièrement rassurantes, romantiques, idéalistes, généreuses, mais aussi dramatiquement fausses et en certains cas dangereuses. » C’est avec cela en tête qu’il faut ensuite aborder les quatorze légendes pédagogiques.

Sur le plan philosophique, la critique est féroce. Montaigne, Rousseau, Kant et Dewey passent tous au tribunal pour n’en ressortir qu’en très mauvais état. Pour l’auteur il est impératif d’avoir une « tête bien pleine » pour avoir une « tête bien faite ». Même si cela est peu dit, tout étudiant en éducation comprend que l’auteur détruit le programme du ministère de l’Éducation actuel. La fameuse « réforme » ne semble pas être cohérente avec ce que les « sciences cognitives » semblent démontrer aux yeux de l’auteur. Or, il est triste de voir que l’auteur ne dit jamais la couleur de son drapeau. L’approche cognitiviste, dont il semble se réclamer, a aussi son lot de critiques. Par contre, comme il ne le dit jamais, il devient difficile de le critiquer.

Par après, les intelligences multiples, les styles d’apprentissages et les TIC (technologies de l’information et de la communication) sont tour à tour démentis pas l’auteur. Sur ces trois points, Normand Baillargeon n’a pas tord, ils sont très présents en éducation et sont dangereux. Dans de nombreux cours, les étudiants en éducation se feront enseigner ces trois légendes. Or, après la lecture de ce livre, l’étudiant que je suis est forcé d’avoir de sérieux doutes sur ce qu’il est en train d’apprendre.

Par contre, et là réside la principale critique que j’ai de ce livre, l’auteur met parfois en lumière des « légendes pédagogiques » qui sont fausses... et dont très peu de professeurs ou enseignants ne croyaient ou ne savaient l’existence. L’effet Mozart et le Brain Gym sont deux exemples très concrets. Ces deux phénomènes ne sont pas vus en éducation à Sherbrooke et, lorsque j’ai écrit à des professeurs, certains ne savaient même pas l’existence de ces deux choses et ceux qui les connaissaient en riaient sans cachette.

Je dis cela parce que j’ai peur qu’un tel livre, même s’il est pertinent et bien écrit, n’entretienne le préjugé constant qu’en éducation les chercheurs sont déconnectés. Certaines légendes sont enseignées dans les universités. Par contre, elles sont aussi critiquées par d’autres professeurs. Aussi, certaines légendes sont défendues avec beaucoup de pertinence par certains professeurs d’université qui n’ont malheureusement pas la tribune de M. Baillargeon.

Ce livre est à acheter et à lire pour toute personne s’intéressant de près ou de loin à l’éducation. Normand Baillargeon oblige à penser certains mythes tenaces en éducation. Je souhaite que de nombreux étudiants en éducation à Sherbrooke achètent ce livre, le lisent et demandent des réponses à leurs professeurs et chargés de cours. Ainsi, je crois, ce livre aura réussi sa véritable mission.


Crédit photo © Éditions Essai Libre

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