Liberté, Égalité...Solidarité!

Par Félix Morin

Que veut dire être de gauche au Québec aujourd’hui? Pour Christian Nadeau, professeur de philosophie de l’Université de Montréal, la réponse se trouve dans ce triangle fragile mais nécessaire, entre la liberté, l’égalité et la solidarité.

Connu pour son excellent livre Contre Harper, Christian Nadeau veut abattre tous les préjugés inhérents à la « gauche utopiste ». Pour lui, la gauche représente « l’âge adulte de la démocratie ». Ce qui, dès le départ, est provocateur pour toute personne qui se placerait à droite de l’échiquier politique.

La liberté, souvent confisquée par la droite, est vue par M. Nadeau comme n’étant possible que par la justice sociale. Il définit la liberté dans le « sens où chaque personne devrait pouvoir vivre sans être à la merci du pouvoir arbitraire d’autrui, de la puissance des plus nantis ou des caprices de la majorité. » La justice sociale est donc un moyen pour que l’individu ait une liberté réelle et effective.

Il y a ensuite l’égalité. Pour l’auteur, il y a deux types. L’égalité au sens positif, où « chaque individu doit pouvoir jouir de conditions égales d’accès à une vie autonome, et où tous et toutes peuvent bénéficier à part égale des protections mises en place afin que nul ne soit laissé pour compte. » Aussi, il y a l’égalité au sens négatif, qui est une lutte « contre l’exclusion sociale et politique, contre la précarité et contre l’humiliation constante de la pauvreté. » Cette égalité reste cohérente avec la liberté, car elle permet une justice sociale effective et nécessaire à la définition de la liberté de l’auteur.

Pour articuler cette définition de la liberté avec l’égalité, Christian Nadeau soutient que ceci n’est possible qu’en y rajoutant la solidarité, qu’il définit comme étant « un appel à toutes et à tous pour dépasser le cercle des nos intérêts particuliers ou de ceux de nos proches. Appel également pour l’inclusion de tous au débat social. Appel finalement au réel partage du bien commun, afin que nul ne soit traité comme une sous-catégorie de l’espèce humaine. »

Cet essai comporte des attaques violentes mais argumentées, contre la droite qui, selon lui, se « complait dans le catéchisme de l’excellence et se pare des atours de la gouvernance pour mieux revendiquer la puissance des élites. » En construisant l’idée de liberté sur la justice sociale, Christian Nadeau coupe l’herbe sous le pied de nombreux libertaires et libertariens qui se réclament comme les seuls porteurs légitimes de ce mot.

L’une des parties les plus importantes et intéressantes de ce livre est le chapitre « Mettre en œuvre la solidarité au Québec. » Intéressant parce qu’il permet de concevoir l’application des concepts au réel. Il y parle de la solidarité que nous devrions avoir face à la misère des peuples autochtones vivants sur notre territoire, ce qui est vrai et malheureusement trop souvent oublié par de nombreux intellectuels québécois.

Aussi, il y traite du féminisme et de l’immigration. Ces deux sections, pourtant éloignées dans le chapitre, sont plus que d’actualité avec le projet de moi numéro 60 présenté par Bernard Drainville. Des questions comme « Pourquoi apparait-il si normal à un si grand nombre d’entre nous que l’essentiel des débats au sujet de l’immigration porte sur nos exigences, nos conditions, et très rarement sur ce que nous devrions exiger de nous-mêmes comme société d’accueil? » semblent cruellement manquer dans le débat actuel.

Ce livre est d’une grande pertinence. Bien écrit, simple et amenant un éclairage nouveau sur l’idée d’une gauche utopique et désœuvrée. Un essai qui porte un projet au « Nous » dont les politiques de « gauche » devraient impérativement s’inspirer.


Crédit photo © Éditions Boréal

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