Se réfugier sur les bancs d’école

Par Sofie Lafrance

Qu’advient-il de ces milliers de réfugiés que le Canada a accueillis à l’apogée de la crise syrienne? Ne vivent-ils pas, eux aussi, une rentrée scolaire bien particulière sur leur nouvelle terre d’accueil canadienne et québécoise? La situation, bien que préoccupante, semble pourtant avoir un bilan décevant en terme d’accueil d’étudiants réfugiés en milieu universitaire francophone québécois.

Ces nouveaux arrivants bénéficient de l’aide offerte par l’Entraide universitaire mondiale au Canada (EUMC), qui a mis en place le Programme d’étudiants réfugiés (PÉR) http://wusc.ca/fr/per. Ce programme met en place un système de parrainage entre étudiants canadiens et jeunes étudiants sévissant dans des camps de réfugiés partout à travers le monde. Ce modèle de jeunes à jeunes est unique et permet aux étudiants de tisser des liens directement entre eux.

Ce programme apparaît toutefois comme une faible lueur dans un épais brouillard, c’est essayer de vider l’océan avec une cuillère. En 2015, au moment de l’accueil des « 25 000 » réfugiés syriens, quelque 18 universités anglophones avaient prévu l’accueil de ces nouveaux étudiants, alors qu’aucune université francophone n’avait développé de programme analogue. Au Québec même, seulement des universités anglophones : McGill, Concordia et Bishop’s prévoyaient le parrainage de réfugiés syriens. Concordia offre d’ailleurs la scolarité gratuitement aux sept réfugiés qu’elle accueille en automne 2016.

À Sherbrooke, le Séminaire de Sherbrooke, le Collège Champlain et l’Université Bishop’s sont les seules institutions à s’investir dans le programme de l’EUCM. Au sein de ces institutions scolaires, les frais de scolarité que les étudiants paient chaque session comprennent un faible coût réservé au parrainage de réfugiés de l’EUCM. Cela peut sembler encourageant pour la région estrienne, mais la vérité est que le portrait est, numériquement parlant, pessimiste.

La triste réalité, selon Radio-Canada, est que les nouveaux arrivants syriens sont beaucoup axés vers la langue anglaise, ce qui décourage les institutions canadiennes francophones. Michelle Manks, gestionnaire à l’EUCM, affirme elle-même que la réponse des universités anglophones est plus favorable à crise des migrants syriens, en raison de la préférence de ceux-ci vers l’anglais. Elle soutient néanmoins que les institutions francophones sont à même d’accueillir des réfugiés de divers autres pays du monde, où le français est prédominant, tels que la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi.

Au final, considérant que le Canada a dorénavant accueilli plus de 30 100 réfugiés syriens, l’intégration de ces derniers dans les institutions scolaires canadiennes est, bien entendu, en progression. Il est vrai qu’il serait bénéfique d’encourager la fréquentation scolaire francophone auprès de ces nouveaux arrivants, mais il demeure que plusieurs Canadiens d’origine syrienne fréquentent des institutions françaises. Ces familles syriennes sont d’ailleurs en mesure de parrainer de manière privée la scolarité de quelques réfugiés syriens au Québec, qui fréquentent le HEC notamment.


Crédit photo © Equinox Magazine

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