- selon un ex-membre de la FEUS - « La FEUQ est condamnée à l’échec depuis le début »

Societe - Edito - Credit_JulienBeaulieu - 24 mars 2015Le présent article vise à révéler aux étudiants la détérioration des liens diplomatiques entre la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS) et la table de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) où siègent présentement 12 autres associations étudiantes universitaires. Nous avons ciblé la période entourant les deux référendums de désaffiliation. Nos sources, solidement ancrées dans les sphères de la politique universitaire nationale, ont tenu à conserver l’anonymat.

Par Rodrigue Turgeon

Janvier 2013

La FEUQ tient un congrès où ses membres sont appelés à débattre sur la question de la représentativité des membres. Ou, si vous préférez, leur nombre de votes respectifs. À ce sujet, j’écrivais dans l’article « Au-delà du référendum », paru le 19 novembre dernier dans Le Collectif, ce qui suit : « En janvier 2013, quatre associations universitaires régionales présentent un mémoire conjoint visant à ce que leur poids démocratique ne diminue pas à la suite de l’imminente révision de la Politique de gestion des instances de la FEUQ. » Je m’appuyais alors sur un mémoire que m’avait fourni Léo Fugazza, en sa qualité de représentant de l’AGED à la FEUS. Son titre importe peu, retenez seulement que ce document est l’œuvre d’un ancien membre de la FEUS.

Aussitôt l’article publié, on communiqua avec moi pour m’assurer qu’un tel mémoire n’avait jamais vu le jour. Cette réfutation vient d’être étayée la semaine dernière par une source indépendante. Ainsi, jusqu’à preuve du contraire, il appert que le document sur lequel je me fondais s’avère en partie mensonger.

Il n’y aurait donc eu aucune ratification d’accord entre les quatre universités régionales sur la représentativité des membres de la FEUQ. Deux mois plus tard, un premier référendum de reconsidération de l’affiliation de la FEUS à la FEUQ révélait le souhait des étudiants de l’UdeS de demeurer dans le giron de la FEUQ.

Il importe de souligner que la FEUS n’a pas décidé d’aller en référendum de son propre chef. Fidèle à sa procédure, « ce sont les associations facultaires membres de la FEUS qui nous ont donné ce mandat en conseil des membres », relativise Léo Fugazza, rencontré à son domicile vendredi dernier.

[mars à juillet 2013]

Au lendemain du premier référendum

Les relations se sont envenimées. Selon nos sources, la FEUS s’est mise « à augmenter ses relations avec les autres associations des régions » pour ressouder l’alliance régionale. La question reportée du poids démocratique (nombre de votes par association) était prévue pour août 2013. La FEUS sentait-elle l’urgence d’accroître le poids des régions dans la balance de la FEUQ? Oui, si l’on se base sur un mémoire déposé à l’Association générale des étudiants en droit (AGED) par M. Fugazza qui fait état du « risque que le poids régional soit encore diminué ». On nous informe aussi qu’ « une opposition Montréal contre régions s’est rapidement formée ». Nos observateurs, unanimes, ont plutôt constaté une seule dégradation. « Celle des liens entre la FEUS et les associations étudiantes métropolitaines. »

[19 juillet 2013]

Mémoire de la FEUS sur la refonte du titre II de la Politique de gestion des instances de la FEUQ

Tel est le nom du document que déposa la FEUS et dont Le Collectif a obtenu copie. Les auteurs proposent une réforme majeure de la procédure représentative. L’idée : « Allouer le nombre de votes, fixe, en deux bassins. » Le tiers des votes pour les associations des régions. Deux tiers des votes pour les associations des grands centres.

Le projet ne verra jamais le jour. Si l’objectif apparent du mémoire était « la protection de la minorité », les trois autres associations régionales (Chicoutimi, Rimouski et l’Abitibi) comprirent vite qu’elles « n’étaient pas gagnantes et que seule la FEUS augmentait considérablement sa représentation », selon nos sources. Suivant ses propositions, la FEUS passait de six votes à onze, soit le même nombre que l’Association étudiante de l’Université de Montréal (FAECUM) et que celle de l’Université de Concordia (CSU). Tout ça alors que ces dernières ont respectivement 2,6 et 2 fois plus d’étudiants membres que la fédération sherbrookoise. Les autres associations de régions conservaient le même nombre de voies.

« Le conseil des membres nous avait mandatés pour que l’on implante à la FEUQ un système similaire à notre propre fonctionnement, ici, entre la FEUS et les associations facultaires », précise M. Fugazza lors de notre rencontre.

[16, 17, 18 août 2013]

Mémoire conjoint concernant la révision de la Politique de gestion des instances (PGI)

Voilà l’intitulé du mémoire, principalement rédigé par la FAECUM, auquel se rallièrent Chicoutimi, Rimouski et l’Abitibi. Le mémoire ayant été déposé durant le congrès estival de la FEUQ, son adoption fut une formalité. Fugazza, dans son rapport de fin de mandat, qualifie ce désaveu de « couardise institutionnelle ».

« Appuyer le mémoire de la FAECUM était clairement plus égalitaire et avantageux pour les régions. Celui de la FEUS les avantageait principalement et majoritairement », corrige un informateur qui ne gagnerait rien à nous leurrer. « La FEUS cherchait à augmenter son propre pouvoir avant tout. »

[sept. 2013 à nov. 2014]

Avant le deuxième référendum

Quelques semaines plus tard, on assistait aux désaffiliations successives du MAGE-UQAC (Chicoutimi) et de l’AGECAR (Rimouski). « Le problème à la FEUQ, c’est la question des régions », résume Léo Fugazza, finissant du baccalauréat en droit.

C’est dans ce climat de désaccord et de tension que se développe la mise sur pied du deuxième référendum, tenu fin novembre 2014. Pour la seconde fois en moins de deux ans, les étudiants refusaient de se désaffilier de la FEUQ.

La FEUS pouvait-elle prendre position dans le débat? Fugazza, parlant au nom de la FEUS dans son rapport final présenté au C. A. le 21 mai 2014, affirmait que non, afin de « préserver la neutralité de l’institution de cette association ». « Ce n’est jamais la FEUS qui déclenche des référendums sur cette question, mais bien le conseil des membres qui nous en donne le mandat », développe-t-il en entrevue. Les exécutants de la FEUS pouvaient-ils, néanmoins, jouir de leur liberté d’expression et d’opinion? Oui, « tant qu’ils n’usent pas indûment de leur position pour avantager un camp », consigne celui qui a pris position pour le camp de la désaffiliation à des débats en se présentant comme un ancien membre de la FEUS et comme un fin connaisseur du dossier.

Voile de l’ignorance

En conclusion de son mémoire controversé de juillet 2013, la FEUS affirme l’avoir « rédigé sous le voile de l’ignorance afin de garantir [la] justice procédurale. » En d’autres mots, Sherbrooke proposait de régler une question de fond, source de conflits internes et de désaffiliations, avec comme seul appui une théorie philosophique d’ordre procédurale qui est, de surcroît, qualifiée d’utopique selon plusieurs experts.

Et si les membres d’une association désiraient modifier la répartition des votes. Il faudrait, suivant l’auteur de la théorie, John Rawls, qu’ils délaissent leur propre soif de pouvoir. Le philosophe propose de placer ces membres derrière un voile d’ignorance qui leur retirera toute connaissance de leur propre identité. Ne sachant qui ils sont, ni qui ils seront une fois la répartition des votes adoptée, ils veilleront à ce que le résultat soit le plus équitable pour tous. Hélas, il semblerait que la FEUS, en proposant d’augmenter sa représentativité à la FEUQ comme aucun autre membre, n’ait pu résister, lors de la rédaction de son mémoire, à la tentation de déchirer le voile.

Échec, couardise institutionnelle?

 

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