Par Judith Doré Morin

Me voilà installée sous un carbet, à la plage du Roseau, dans la commune de Capesterre-Belle-Eau. Une dame s’approche, dépose son sac sur la table et commence à enfiler ses chaussures : « Nous avions cours d’aquagym ce matin mais la plage est bondée de sargasses. Ce n’est pas bon pour la santé, il ne faut pas te baigner. Nous allons plutôt aller marcher. » Elle repart en direction de ses copines, sans que j’aie eu le temps de lui demander quel était ce fléau.

Des arrivages d’algues récurrents

Le bulletin d’information hebdomadaire publié par le DEAL Guadeloupe (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) indique la présence de nombreux radeaux de sargasses près de l’archipel. Cette semaine, les risques d’échouage de ces algues flottantes sur les côtes guadeloupéennes sont forts. Déjà, le volume d’algues brunes accumulé sur les plages de l’archipel s’approche de celui de mars 2018.

Depuis 2011, des quantités remarquables de sargasses s’accumulent sur le littoral de nombreuses îles des Caraïbes. Contrairement aux espèces ayant besoin d’une fixation dans des eaux de faibles profondeurs, ces espèces de sargasses peuvent croître et se diviser en zones de profondeur. Elles peuvent ainsi parcourir aisément de longues distances avant de s’échouer sur les côtes qu’elles rencontrent.

Des risques pour la santé humaine et celle des écosystèmes

C’est lorsqu’elles s’accumulent sur le sable ou dans les mangroves que les sargasses deviennent nuisibles. En se dégradant, elles libèrent de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniac, des gaz pouvant provoquer des malaises auprès des individus. Ces algues brunes semblent aussi néfastes pour les métaux, ce qui fragilise les infrastructures nautiques.

Les radeaux d’algues qui se déplacent peuvent bloquer la lumière du soleil et ainsi provoquer le décès de coraux et d’autres organismes aquatiques qui en dépendent. Les sargasses peuvent empêcher les tortues d’accéder à leur site de ponte. Si elles y parviennent, la machinerie employée pour récolter les algues sur les plages risque d’écraser les nids dispersés sur la plage.

Des solutions pour faciliter la cohabitation

Les apports importants en nutriments dans l’eau produits par la déforestation et la surexploitation agricole en Amazonie semblent être à l’origine de la prolifération de ces algues brunes. Selon Emmanuel Macron, président de la République française, ces arrivées massives de sargasses sont dues aux conséquences du réchauffement climatique.

Cette année, les élus locaux disposent du « kit sargasse », qui se compose essentiellement de matériel de collecte, pour faire face à cette crise. Cependant, le fonds de 10 millions d’euros ouvert l’an dernier pour contrer cette problématique se réduit tandis que les algues brunes continuent d’affluer.

Au sein de la communauté scientifique internationale, l’étude de systèmes de revalorisation de ces algues s’effectue. Déjà, certaines entreprises agricoles de l’archipel les compostent pour les utiliser comme engrais.


Crédit Photo @ Guadeloupe, La 1ère

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